Depuis le mois de Novembre 2018, le réseau social Facebook est inondé par des photos des personnalités et autres individus avec une carte qui porte le message « la lecture je contribue ». En effet c’est une campagne initiée par le journaliste, blogueur et écrivain Junior Haussin qui a la préoccupation première de faire de la lecture un événement au Cameroun. Nous l’avons rencontré pour un échange sur ce concept dans lequel il se confie sur ses motivations et les objectifs qu’il souhaite atteindre.

En quoi consiste le concept « La lecture je contribue » ?

C’est un mouvement de jeunes qui sont passionnés pour les uns de la lecture et qui pour les autres veulent retrouver du goût à la lecture. Ce mouvement a pour ambition de mener des activités concrètes, réalistes, palpables et beaucoup plus ludiques pour exciter et amener les uns et les autres à s’intéresser à la lecture, donc le mouvement « la lecture je contribue » est l’apport de chaque individu dans son environnement, dans son écosystème dans le domaine de la lecture. Le rôle c’est d’inviter les parents, les amis, nos frères, les chefs d’entreprises à comprendre qu’ils ont un rôle à jouer pour que la lecture devienne un événement au Cameroun.

L’Homme africain est souvent taxé de paresseux lorsqu’il s’agit de lecture. Comment comptez-vous faire adhérer le public camerounais à cette noble cause ?

La première chose qu’il faudrait faire comprendre aux africains dont on a souvent l’habitude de dire que le noir n’aime pas lire, c’est vrai que le noir n’aime pas lire mais est-ce qu’on a donné de bonnes raisons au noir de lire ? Notre mission c’est de donner au noir des raisons de lire comme on l’a fait en Europe, comme on le fait aux Etats-Unis, on donne des raisons aux gens de lire en leur disant que la lecture n’est pas une option mais une obligation pour un individu qui veut se construire. Quand j’ai commencé à lancer ce mouvement j’ai écrit quelque part qu’aucune entreprise ne s’est bâtie sans documentation. On ne commence rien sans se documenter.

On commence par donner de bonnes raisons aux gens de lire et pour le faire il faut les mobiliser et pour les mobiliser il ne faudrait pas faire comme si c’était une obligation. Il est question de leur dire de venir et découvrir la beauté, la magie, les merveilles de la lecture. Il faudrait qu’on offre aux gens la lecture comme on offre la musique, comme on offre les films, la mode aujourd’hui. De la même manière que la musique adoucit les mœurs la lecture enrichit les mœurs.

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D’après vous ce désintérêt pour la lecture ne serait pas causé par la qualité du contenu qui nous ai proposé dans les livres?

Vous voyez vous-même que dans votre question il y a déjà la réponse parce que comment les gens jugent le contenu d’un ouvrage s’ils ne l’ont pas lu ? Ça veut dire que quelque part les gens lisent mais ne lisent pas assez, mais je crois fermement que le livre n’est pas un problème. J’ai pour habitude de dire que le livre se porte bien au Cameroun mais c’est le lecteur qui se porte mal. Si chaque jour au Cameroun il y a des livres qui sortent ça veut dire que l’auteur ne souffrent pas parce qu’ils continuent à produire. Les auteurs ne se plaignent pas que les livres ne sont pas achetés, tout ce qu’ils disent c’est que « on sort des livres les gens ne lisent pas ». Ce n’est pas la qualité du livre qui fait problème, ce n’est non plus le titre qui fait problème, c’est la politique d’engouement vers la lecture qui manque dans notre pays. C’est les politiques culturelles qui devront avoir pour rôle de dire à un enfant que lire est bien pour sa santé. Ces mêmes politiques manquent l’occasion de dire aux écrivains que le tout n’est pas d’écrire un livre mais de mener des actions à ce que vos livres soient consommés. Et comment un livre doit être consommé ? C’est de cesser de laisser le soin aux maisons d’édition de vendre les ouvres des auteurs. L’édition va s’en charger mais l’auteur il fait quoi ? L’auteur en ce moment son rôle c’est de vanter les qualités de son ouvrage, en vendant les qualités de son ouvrage il va amener les gens à s’y intéresser et il faudrait qu’il soit malin parce que parler de lecture c’est de mettre la monnaie loin de soi.

Quelle évaluation pouvez-vous faire de la réaction du public face à cet appel que vous lui avez lancé?

Belka Tobis, Sandrine Nnanga, Naza, Patricia Laure Naoussi et Martin Camus Mimb lors de la campagne “La lecture je contribue”/ Photo-collage par Kulture Master

Je vous cache pas je suis hyper heureux. Depuis que j’ai lancé cette campagne le 22 Novembre 2018 par des photos où chacun amenait sa contribution, ça a énormément évolué. Je suis allé de cette campagne qui avait pour ambition de favoriser la mise en œuvre de « faire de la lecture un événement » à la création d’un mouvement. Je n’avais pas visé un mouvement, or tellement j’ai vu l’engouement, tellement j’ai vu l’engagement des jeunes, j’ai senti que les jeunes n’ont pas juste l’envie de lire, ils ont besoin de lire. Il fallait donc donner l’envie à ces jeunes-là et je les ai rencontré à l’IFC de Douala que je remercie d’ailleurs. Au sortir de là j’ai dit puisque ma campagne s’appelait « faire de la lecture un événement » pourquoi ne pas rassembler les jeunes, faire d’eux des ambassadeurs et que je ne sois plus seule à mener cette lutte. Aujourd’hui nous sommes un nombre assez élevé : une cinquantaine et on mène ce combat dignement avec engagement et passion. Même si les gens disent que ce sont des activistes de la lecture, je crois qu’il en faut toujours. Nous sommes des activistes de la lecture parce qu’on veut que la lecture puisse prendre le pouvoir comme la mode, le cinéma, comme la musique au Cameroun et bien évidemment j’ai dit 2019 c’est l’année de la lecture au Cameroun.

Quel est le profil de vos compagnons de « guerre » et comment avez-vous réussi à les convaincre de vous suivre?

Là je vais vous étonner. Mes compagnons de « guerre » sont des camerounais simples. On a des managers d’artistes à l’intérieur, des journalistes, des écrivains, des amoureux de la lecture, des promoteurs du livre, des éditeurs et on a l’Institut Français du Cameroun de Douala. On a des camerounais qui sont soucieux de notre devenir, des camerounais qui ont compris que lorsqu’on vous parle de Michelle Obama on fait référence à son livre ; lorsqu’on vous parle de Donald Trump on vous dit que c’est un livre qui a révélé le scandale sur lui ; lorsqu’on vous parle de Nicolas Sarkozy on voit que c’est un bon orateur parce que c’est quelqu’un qui lit beaucoup ; lorsqu’on vous parle du chef de l’Etat Paul Biya on voit très bien que c’est quelqu’un qui a écrit « Pour le libéralisme communautaire ». Lorsqu’on vous parle de tous ces grands Hommes du monde, ils ont quand même laissé un livre ou même s’ils ne l’ont pas laissé ils ont eu le temps de lire.

J’ai dû convaincre beaucoup à rester. Ils ne voient pas l’intérêt, j’ai dû leur parler de lecture comme je vous parle là. Il faut leur donner des raisons, les camerounais n’ont pas de problème de lecture, ils n’ont pas de raison de lire.

A suivre, la deuxième partie de l’interview…

 

Propos recueillis par Colbie Medjom

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