La phase pilote du Projet 4*4 porté par Globule Studio et le Kollectif Camera s’est achevée Vendredi dernier à Yaoundé. C’était au cours d’une exposition que les organisateurs ont appelée « Fabriquer les regards » pendant laquelle une vingtaine d’œuvres photographiques ont été présentées au public.

A la suite de cette soirée de vernissage, nous avons approché quelques artistes participants et exposants qui ont brièvement fait la présentation de leurs travaux. Découvrons-les ensemble.

Antoine Ngolke Do’o, L’heure rouge

Série photo “L’oeil rouge”/ (c)

L’heure rouge c’est un peu l’histoire de ma vie. J’y raconte l’histoire de ma vie que j’ai tellement vécue avec cette fille et aujourd’hui j’ai voulu vraiment que les gens puissent réellement voir ça dans un côté à l’image, parce que c’est un côté pas du tout facile, la souffrance de ces filles. Ces filles qui arrivent dans cette rue, elles ont plusieurs problèmes, chaque personne vient avec son problème personnel, parfois il y a même des femmes au foyer qui parfois par la misère elles ont obligées de se retrouver dans la rue parce qu’elles ont besoin de la liberté, parce qu’elles ont besoin d’argent… C’était pas facile pour ma démarche pour approcher ces filles. J’ai passé près de six mois pour pouvoir réunir ces photos que vous avez vues ; c’est toute une série d’au moins 30 photos que j’ai fait mais pour l’appel à candidature on avait besoin juste de 10 photos…

Tankam Georges, Femmes autonomes

Série photo “Femmes autonomes” par Georges Tankam/ (c)

Dans l’esprit d’aujourd’hui mon travail portait sur l’automisation des femmes. Dans ce travail les difficultés que j’ai eu à rencontrer dans le reportage en général c’est l’approche ; vous devez mettre les sujets, les protagonistes avec qui vous devez travailler en confiance… Dans ma démarche c’est beaucoup plus le dialogue, j’aime dialoguer, connaitre les personnes avec qui je travaille… Par exemple cette dame qui est colleuse de roue, je connais je peux dire que ce soit sa vie professionnelle que ce soit sa vie au foyer. Ce qui m’a beaucoup marqué dans ce travail c’est que cette femme a 3 enfants à nourrir seule, son mari l’a laissé, elle se bat. Je vais continuer à faire cette série avec d’autres femmes.

Ngassam Yvon, Home

C’est un travail sur la mémoire ; j’ai essayé d’archiver les moments que passe ma fille dans la maison qui m’a vu grandir…J’ai fait ce travail parce qu’à chaque fois que je vais à la maison familiale je me sens un peu déconnecté, les souvenirs que j’ai de cette maison ne sont plus en harmonie avec l’aspect esthétique de la maison ; alors pour éviter que ma fille puisse vivre cette déconnexion avec sa racine j’ai donc décidé de la filmer dans ce lieu… Pendant que je réalisais cette série, ma difficulté première a été mon absence parce que de part mon travail je voyageais beaucoup et je ne pouvais pas toujours voir ma fille grandir et du coup le travail n’a pas été exactement comme je le souhaitais. Mais aussi le fait que je n’avais pas d’appareil photo à cette période-là, j’ai dû travailler avec un smartphone, mais au fil du temps je me suis rendu compte que c’est ce qu’il fallait.

Darius Meke, Les vendeurs de la chaussée d’Elig-Edzoa

Les vendeurs de la chaussée d’Elig-Edzoa par Darius Meke/ (c)

Je travaillais sur une série sur les vendeurs sur la chaussée d’Elig-Edzoa. Et le meilleur moment que j’ai eu c’était quand j’étais en train de débattre avec les vendeurs pour faire la fameuse photo que j’allais finalement ramener à l’exposition ; parce qu’il a fallu discuter, il a fallu acheter les beignets qu’ils vendaient, il a fallu acheter les bonbons et même quelques sifflets avant de pouvoir faire des photos. Il y a quand même quelque chose qu’il faut garder, c’est que les gens ont un rapport très difficile avec la photo, le fait de voir leur image prise sans savoir ce qui va finalement être fait ça les met dans un certain inconfort. Déjà que je puisse me faire accepter comme photographe a été une expérience magnifique.

Betina Pouassom, A tattoo story

Kulture Master (c)

En tant qu’exposante ma thématique c’est le tatouage vu qu’on est tatoué ici en Afrique en général c’est dans les mœurs qu’on est soit prostitué soit délinquant, qu’on ne vaut rien. Je suis dans le management, dans l’administration ; je suis moi-même tatouée et je voudrai justement démontrer avec ça qu’on peut arriver à quelque chose… Je suis vraiment au début de ma série de photos; quand je vois le calcul ça va finir à peu près en 2019 parce que je vais justement aborder la scarification. Je vais aller au Grand Nord, essayer d’assister à une scarification. Au Cameroun déjà à l’Ouest ou même au Centre quand on a les danses traditionnelles on est maquillé, ça aussi ça a des significations… Donc je vais parler de tout ça.

Ulrich Ndinga, Femme africaine et attitude vestimentaire

Mon projet portait sur le comportement vestimentaire de la femme dans les trois ères : avant, pendant et après les indépendances. Avant les indépendances on a constaté que la femme était nue mais son « nue » était naturel. Pendant les indépendances la femme s’habillait de façon décente, elle a commencé à connaitre le « makeup » à base de charbon et tout le reste. Et après les indépendances on revient à la nudité, mais la nudité devient vulgaire. Ce qui m’a poussé à proposer mon travail pour l’exposition du « 4*4 » c’est l’engouement que les promoteurs avaient pour leur projet… Je me suis dit c’est le moment pour moi aussi de me faire connaitre à l’international parce que c’est une plateforme qui nous permet de nous vendre à l’international.

Cynthia Ngono, Un arbre dans la ville

J’ai voulu parler de l’imbrication entre le modernisme et la nature et c’est aussi une manière pour moi de réveiller les consciences en disant on vit dans un environnement mais on ne se rend toujours pas compte que la nature reste présente et qu’elle est super importante, voilà ma motivation principale. La principale difficulté dans le métier c’est de pouvoir trouver l’image, parce que c’est pas appuyer, c’est pas déclencher mais c’est de trouver l’image qui parle parce qu’une image comme on dit vaut mieux que 1000 mots ; mais justement derrière une image il faut vraiment que les 1000 mots soient représentés.

“Un arbre en ville”/ Kulture Master (c)

Gérard Nyunai Ngan, Frontières

Pour moi je perçois la frontière comme étant un élément  qui n’est plus physique mais qui est aussi mental de nos jours. Je présente aussi la frontière comme étant l’addiction à certains objets, la frontière comme étant cet espace face auquel il faut toujours s’interroger, savoir s’il faut traverser, savoir s’il faut s’arrêter… Pour moi je pense qu’il faut à chaque moment de la vie tenter d’établir les frontières face aux objets…Les difficultés il y en a toujours ; vous voyez bien que mes œuvres ont des modèles parce qu’il y a des mains, comment est ce qu’on va trouver des gens qui pourront bien prêter leurs mains… Des difficultés il y en a beaucoup, notamment des difficultés matérielles et physiques aussi.

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