S’il y a une chose dont l’Afrique peut être fière c’est le nombre incalculable de ses talents. Une fois de plus nous sommes allés à la rencontre de l’un d’entre eux et cette fois il s’agit de Dieu Béni Zangbe. Dieu Béni est un chorégraphe humanitaire qui nous vient de la République Centrafricaine et qui était récemment de passage au Cameroun à l’occasion de la journée internationale de la jeunesse. Dans une interview qu’il nous a accordée, il nous a parlé de son intérêt pour la danse, des raisons qui l’ont poussé à l’utiliser comme moyen pour redonner le sourire à ceux qui l’ont perdu et de ses aspirations.

Dieu Béni Zangbe pendant une manifestation publique en RCA

Bonjour pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Dieu béni ZANGBE; je suis né à Bria dans la préfecture de la Haute-Kotto, région de la République Centrafricaine au cœur des conflits armés. Depuis plus de 9 ans, je suis directeur artistique de la compagnie culturelle Ngongo Culture Asbl; spécialiste en résolution des confits communautaires; formateur dans le cadre du Programme “Refugees On the Move d’African Artists for Development” (AAD) en République Démocratique du Congo et directeur artistique de l’atelier d’échange culturel avec les compagnies théâtrales et de danse de la République Centrafricaine dans le cadre de la campagne nationale sur la culture de la paix. J’ai été plusieurs fois consultant et formateur et monté plusieurs spectacles d’éducation sur la culture de la paix, le SIDA, les violences basées sur les genres, la protection des enfants, l’hygiène en République Centrafricaine et en République Démocratique du Congo.

Qu’est ce qui vous a motivé à vous lancer dans l’art de la danse ?

Ce qui ma motivé à me lancer dans l’art de la danse c’est à travers l’atelier du programme « Refugees On the Move d’African Artists for Development » en RDC. Lorsque notre pays était secoué par ces conflits interminables j’étais parmis les oubliés et c’est à travers l’art que j’ai retrouvé l’estime de soi, l’espoir de croire encore a la vie et sans oublier Fabrice Don de Dieu Bwuabulumutima mon mentor. Je lui rends vraiment hommage ; c’est cet homme qui ma poussé a croire a la vie, donc je peut affirmer que la danse touche toute les catégories de personnes quelque soit ton poste de pouvoir, quelque soit ta race, ton âge, quelques soit ton pays c’est quelque chose qui peut construire un être humain.

Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans le domaine de la résolution des conflits ?

La pertinence du rôle de l’artiste est souvent mise en question. Je crois que c’est effectivement dans de telle situation de crise que les artistes ont un rôle, une responsabilité et une opportunité de mettre en valeur leur talent. L’art de la scène est une manière pour les artistes de prêter leur énergie créatrice à la cause d’une paix durable car c’est la puissance créatrice de la danse, du théâtre de toucher les cœurs, d’évoquer la compassion et la compréhension profonde, de pouvoir faire voir des problèmes et des nouvelles solutions ; c’est ça qui ma permis de me spécialiser dans la résolutions des conflits et de pénétrer les zones de conflits avec un outil de transformation des conflits qui est novateur, engageant et efficace. Et quand je regarde comment ça se passe, comment tu arrives a donner l’envie de vivre, à réveiller l’espoir à des milliers des gens c’est formidable,c’est incroyable et c’est inestimable

Comment décrivez-vous votre art?

“L’art c’est le réveil de l’âme”, donc je suis persuadé du pouvoir de l’art, j’enseigne la danse et le théâtre-mouvement dans les camps des réfugiés en République Démocratique du Congo, aux jeunes centrafricains et a ceux qui ont connu la guerre, la violence etc… En partenariat avec certaines organisations humanitaires comme la Mission Multidimensionnelle des Nations Unies pour la Stabilisation de la Centrafrique, l’ONG Plan International, UNFPA,UNICEF, j’utilise l’art comme outil de médiation socioculturelle, de reconstruction psychologique et de canalisation de la violence. L’objectif ici est triple: réduire la violence aux sein des communautés, contribuer à restaurer la paix et accroître le dialogue interculturel entre les populations centrafricaines.

Quelle est la perception des autres sur votre travail?

La perception des gens sur ce que je fais est homogène. Les personnes qui suivent mes ateliers ou participent à nos spectacles d’éducation et de sensibilisation sont là parce qu’elles souhaitent, d’autres sont engagées et ont changé de comportement vis a vis de leur société.  Quand les personnes se dépassent on arrive à des prises des conscience collectives.

Comment pouvez-vous évaluer l’impact de vos actions en tant qu’artiste sur la société ?

L’impact de mon travail est spectaculaire par la qualité car je mets en évidence toute l’énergie, la générosité et l’enthousiasme. Je suis un artiste et j’ai la capacité de travailler avec un public en difficulté et l’aider à se sentir mieux en trouvant une forme ou un espace d’expression. Les conflits s’apaisent et les populations reprennent confiance en elles, petit à petit on voit des sourires, des ports de tête se redresser, des regards se croiser.

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Vous avez parlé des populations qui perçoivent et mettent en pratique vos messages, mais qu’en est-il de ceux qui ne s’y prêtent pas ? Quelle est la démarche que vous empruntez pour attirer leur attention ?

Une démarche artistique autant que thérapeutique, d’éducation populaire en rapprochant les gens que rien ne liait, voire qui étaient ennemie à l’extérieur. La République Centrafricaine a été secouée pendant plusieurs décennies par des conflits interminables ayant engendré des milliers de morts, des populations civiles, victimes de pillages de leurs biens. On travaille sur des valeurs que peut véhiculer l’art; le rapprochement, la persévérance et la résilience. L’art offre un mieux-être et cela réveille un sentiment d’espoir.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez au quotidien en tant qu’artiste dont le combat tourne autour des conflits ?

Les difficultés sont là au quotidien, ça ne manque pas car nous vivons dans un monde de différences, d’idéologies, de croyances, d’ethnies, de normes sociales et culturelles. Ces différences sont tout à fait naturelles, nous ne pouvons pas les éviter ou les éliminer. Et d’ailleurs, nous les ne souhaitons pas, ces différences enrichissent notre vie, mais je reste toujours un artiste engagé. Je vais continuer à les surmonter “To be continued”.

Et comment est-ce que vous les gérez?

En tant qu’artiste, je sais déjà que le conflit fait naturellement partie de la vie et si je peux être au service des autres à travers divers objectifs de divertissement, de la célébration à la guérison collective des traumatisme, alors je peux gérer non seulement en solo mais avec l’aide des personnes qui m’entourent.

Vous arrive-t-il de travailler avec des confrères artistes ?

Tout à fait! Je travaille en synergie avec d’autres artistes sur le plan national comme Philippe Bokoula, un grand metteur en scène, fondateur de la compagnie Ngongo Culture et du Festival International des Art et de la Culture et actuel directeur général des art et de la culture au Ministère des arts, de la culture, du tourisme et de la francophonie; Modeste Gobi metteur en scène et fondateur de la compagnie Masseka Théâtre. Sur le continent j’ai travaillé avec Don de Dieu Fabrice Bwuabulumitima de la République Démocratique du Congo, danseur-chorégraphe, professeur à l’Institut National des art de Kinshasa qui est mon formateur; Paul Muarabu, Arian Mutuke, Lucie Kabemba, Priscilla Mena, Jucko ZENZA tous danseurs et chorégraphes de la RDC; au Cameroun avec Agathe DJOKHAM et un projet est en cours avec le slameur My Name toujours du Cameroun.

Après plusieurs années à faire de la danse un outil d’éducation et de sensibilisation des populations locales quel bilan pouvez-vous dresser?

Le bilan je dirais très très positif! C’est un travail visionnaire. Au-delà d’une manifestation culturelle, ethnique, religieuse et intergénérationnelle, il a été pour le public et les artistes un moyen de se communiquer, de se libérer en s’inspirant de toutes les prestations artistiques prônant la paix, le vivre ensemble, la cohésion sociale et la réconciliation nationale.

Dieu Béni Zangbe en pleine démonstration/ DR

Et quels sont vos projets à court et long terme?

Le projet que j’envisage pour le moment c’est de mettre en place un programme de communication sociale à travers les arts: « Youth Connect for Peace ». C’est un projet sous-régional (Cameroun, Tchad, RCA et Sud-Soudan) pour la formation des jeunes vulnérables de nos différentes frontières respectives en techniques de résolution, de transformation des conflits et prévention de l’extrémisme violent à travers la danse et le théâtre participatif. Ensuite la formation en leadership et engagement citoyenne des jeunes ; la création d’un spectacle de danse contemporaine “Ambatia Zoomba” qui veut dire «demain sera meilleur» avec 10 danseurs.

Pour terminer, dites-nous : quel regard portez-vous sur le futur de l’Afrique ?

l’Afrique est un continent d’espoir et porteuse des valeurs universelles. Je rêve d’une Afrique meilleure, indépendante et prospère avec sa propre monnaie. Les peuples africains doivent s’unir ; il est temps à l’addition et non à la divisions. De Dakar à Nairobi, de Yaoundé à Bangui, de Casa à Ouaga, de Lomé à Addis Abeba , de Brazzaville à Kinshasa, nous sommes sur un seul continent et chaque parole, chaque mot compte, dire ce qui nous lie ensemble, dire notre fureur de vivre en liberté, car la vraie liberté est celle qu’on va chercher par soit même et non celle qu’on fait semblant de vous donner.

 

Propos recueillis par notre contributrice Pascale Anaba

 

 

 

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