Cette semaine, nous avons rencontré et échangé avec le chanteur panafricain Dmots Foreva, auteur de la nouvelle chanson « Petit bamileke » dont la vidéo officielle a été dévoilée le 29 Octobre dernier. Dans ce titre produit par Chégué Blaise, l’artiste rend hommage aux peuples de la région de l’Ouest-Cameroun qui sont plutôt reconnus pour leur habileté à cultiver l’effort. Ceci dit « Petit bamiléké » est un hymne à la débrouillardise tel que chanté par Léonidas Ledoux Kouadjip de son vrai nom. Pendant plusieurs minutes, le chanteur nous a entretenu sur cette production et sa vie d’artiste et voici ce qui en ressort.

Le nom du chanteur et le titre que vous écoutez en ce moment ?

Bon disons que j’écoute Ndedi Eyango dans « you must calculer » parce que pour moi c’est un peu comme si j’étais au conservatoire de musique. Là j’apprends ; j’apprends parce qu’à l’intérieur il y a vraiment de la matière alors que bizarrement sans fortement critiquer les autres ce qu’on fait aujourd’hui je pense qu’il y a pas de fond, il y a pas de forme. Et j’aime bien le fond et la forme, donc c’est pour cela que je dis que j’écoute Ndedi Eyango.

Alors parlez nous de vous. Qui est Dmots Foreva?

Dmots Foreva c’est un jeune artiste panafricain qui a imprégné l’esprit de 3 pays : le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Je me définis comme un artiste au pluriel ; quelqu’un qui n’appartient pas seulement à une seule communauté ; quelqu’un qui appartient à tout un continent, je fais une musique qui n’a pas de frontière.

Pourquoi avoir adopté ce nom ?

Dmots Foreva c’est juste 2 mots: « peace » and « love » à jamais. Ça veut dire pour moi je ne me vois pas sortir hors du concept amour et paix. S’il y a l’amour ce qu’il doit avoir la paix, s’il y a la paix ce qu’il y a l’amour. S’il y a l’amour et la paix ça veut dire tout ira bien et étant quelqu’un qui utilise les mots pour combattre les mots j’ai le devoir de gérer les 2 donc c’est pourquoi Dmots à jamais.

Vous avez dit être avoir plusieurs racines et cependant vous vivez au Cameroun. Comment se fait votre arrivée au Cameroun ?

Bref j’arrive au Cameroun accidentellement comme pour le dire parce que c’était pas prévu que je venais, d’autant plus que j’avais les échos du Cameroun que le showbiz n’est pas trop ça. Disons après la bataille d’Abidjan pendant toute la guerre où justement j’étais à l’intérieur la famille se posait assez de questions ; donc il a fallu qu’on monte des astuces sur un mariage traditionnel de ma sœur pour me faire arriver. Je venais pour 2 mois, je suis reparti, quand je suis arrivé la famille s’est agrippée à moi ; on a dit qu’il n’était plus question que je reparte, ce que je fais depuis là-bas je dois être capable de le faire ici, donc pour ne pas mettre les gens mal à l’aise parce que ça fait faisait très longtemps qu’on avait plus eu de mes nouvelles, il fallait quand même que je me maitrise, que j’essaye de commencer un petit projet ici. C’est vrai ça n’a pas été facile parce que tu ne peux pas enlever un caïman dans l’océan pour le mettre dans un marigot, c’est pas facile du tout mais j’ai dit avec la foi en Dieu même dans les montagnes quand tu sème ça va pousser… Je suis resté, j’ai dit bon je vais d’abord observer le milieu showbiz camerounais jusqu’à un moment donné je vais activer et voir comment je peux aussi développer mon style à moi et voir comment ça va aller.

Nous sommes en quelle année ?

On est en fin 2014.

Comment avez-vous vécu votre intégration dans notre pays ?

Pas facile en tout cas. On ne peut pas arriver dans un quartier comme ça on laisse toutes les connaissances, toutes les parentés là-bas, on vient dans un pays la famille est carrément à des kilomètres, tu es seul dans ton petit coin, tu ne connais personne, quand tu sors tu regardes ça tu ne sais pas d’où il est, même le manger est différent, la manière de parler même est différente, dès que tu parles directement on te voit un genre bizarre bizarre. C’est mon « coron » tonton Rigobert qui était là…C’est lui qui m’a pris la main, il me dit « mon petit fais comme ça », voilà même mes premiers sons au studio c’est lui qui m’a accompagné. J’avais besoin de quelqu’un pour me booster un peu… c’est lui qui a été là tout le temps… Grâce à lui je me suis facilement réintégré.

Parlons à présent de votre musique. Dimanche dernier était le jour de la sortie officielle du vidéogramme de votre nouveau titre « Petit bamiléké ». C’est quoi le concept?

Pour moi « Petit bamiléké » loin d’être une musique à connotation tribale, c’est carrément un état d’esprit…L’histoire même de la chanson : j’arrive, je monte à « Rond Poulenc » là, j’ai un ami qui braise les brochettes de porc donc je me dis qu’il est bamiléké et je m’en vais vers lui je dis « champion toi tu es bamiléké » ? Il dit non ! Je suis « bassa’a » mais il me dit « les bamiléké nous ont contaminé avec l’esprit bamiléké ce qui fait que nous tous on se bat comme eux, même si il faut rentrer dans poubelle pour prendre les choses et vendre aussi et devenir comme eux on va faire comme eux. C’est dans ça que la musique commence, je dis mais petit bamiléké ça veut dire au Cameroun tout le monde est bamiléké. Si on est 23 millions de camerounais ici ça veut dire il y a 23 millions de bamiléké.

Parlez-nous un peu de la production derrière ce chef-d’œuvre depuis l’écriture de la chanson jusqu’à la réalisation du clip.

Disons que l’écriture…Quand Dieu t’a donné un don, quand Dieu te révèle quelque chose, il te pousse toujours vers l’accomplissement, donc j’ai eu besoin de peut-être une semaine pour finir l’écriture parce qu’à chaque moment il fallait que je sorte hors de moi, que je rentre dans l’esprit du petit camerounais qu’il soit peut-être à Mbankomo, qu’il soit à Bandjoun, qu’il soit à Garoua, il fallait que je rentre dans son esprit pour tirer l’essence. Et quand j’ai eu ce que je voulais j’ai déclenché…Mais maintenant là où il y a eu le souci c’est au niveau du tournage du clip. Ça n’a pas été facile, c’est un clip qui parle, c’est pas un truc qu’on peut tourner en 30 minutes. Il fallait carrément au niveau du scénario, il fallait réécrire, reprendre, recommencer et tout et tout. Il fallait maintenant l’acteur principal pour jouer comment est-ce que le gars allait quitter de la souffrance jusqu’à la richesse et ça pris 2 mois…Et on a mis aussi 2 semaines pour le tournage, par la grâce de Dieu ça s’est bien passé.

Mais là où je savais que ça allait être compliqué c’était beaucoup plus au niveau de la promotion. C’est bien beau de mettre au monde un joli bébé mais il faut avoir aussi les moyens et les plateformes nécessaires justement pour exposer le bébé pour que les gens l’apprécient et c’est là où j’ai commencé à avoir un peu les insomnies sachant qu’on n’a pas de maisons de production au Cameroun qui accompagnent les artistes, je savais que forcément ça devait être de l’auto-prod. Il fallait que je m’appuie encore auprès des tontons pour que chacun apporte sa contribution pour la construction de ce truc. Et comme je le dis toujours Dieu m’a fait grâce de rencontrer des personnes qui sont toujours là pour me donner un coup de main…

Dmots Foreva

Comment se passe la promotion et quelles sont vos attentes ?

Comme on dit au Cameroun « on pousse on met la calle » (rires). Si on te dit que voilà on a un budget au moins de 2 bâtons on peut se permettre d’entrer ici on met là comme les autres… Peut-être les bamilékés du Cameroun vont écouter la chanson ils viendront peut-être nous donner un coup de main parce qu’on en a besoin. Mais pour le moment on va « molo molo », on a géré « Jambo », ça nous a essoufflé, maintenant on prend encore un peu de souffle pour attaquer le media tour. On a lancé sur « Jambo » et maintenant c’est le digital qu’on est en train de courir beaucoup là-bas parce que je suis nouvellement arrivé, on n’est pas au courant de moi, j’ai pas nom, il est question de déposer un nom, un label et le reste suivra après.

Bon disons que mes attentes c’est déjà de toucher le cœur de tout le Cameroun, de l’Afrique et après de déclencher l’axe Abidjan-Ouaga-Douala que j’ai construit depuis au moins 5 ans aujourd’hui.

Lorsqu’on écoute « Petit bamiléké » on remarque immédiatement un mélange de sonorité, notamment le zouglou et le makossa camerounais. Pourquoi avoir fait cette mixture ?

Il y a musique il y a musique de recherche, ça veut dire avant de commencer à faire quelque chose il faut se projeter, il faut beaucoup écouter et je me suis rendu compte que le « makossa » n’était pas loin du « zouglou ». Le « makossa » c’est parce qu’on a baissé la vitesse mais quand tu montes à 4-5 ça devient du « zouglou ». J’ai donc dit ok si le « makossa » n’est pas loin du « zouglou », s’il est aussi vrai que le « makossa » a dominé la Côte d’Ivoire dans les années 70-80 ça veut forcément dire que aujourd’hui elle a un peu puisé du Cameroun et le Cameroun a aussi un peu puisé de la Côte d’Ivoire donc pourquoi ne pas assembler les 2 styles pour voir ce que ça va donner et puis c’est que j’ai essayé et ça donné ce que ça donné.

Vous vous lancé à présent dans une carrière musicale au Cameroun, ce qui implique quelque part qu’il y a des artistes tant chanteurs que musiciens qui vous ont inspiré et/ou vous inspirent toujours dans ce choix de carrière. Qui sont-ils ?

Pour dire en vrai ceux qui m’ont inspiré, ils ne sont pas camerounais en fait. Disons que j’ai beaucoup écouté du jamaïcain parce que j’aime beaucoup plus le message. J’ai beaucoup écouté Bob Marley, Jimmy Cliff, Morgan Heritage, Shaguy…Bref la musique « roots ».

Voilà le clip est enfin là, les camerounais savourent. C’est quoi la suite ? Des projets en cours ?

Pour le moment je vais me préparer pour la sortie d’un album, mais également faire des spectacles. Pour la suite Dieu seul sait.

Y’a-il un chanteur ou musicien avec qui vous aimeriez faire un featuring ou collaborer ?

Là je vais te surprendre ! Je pourrai faire un featuring avec un tonton comme Ekambi Brillant, quelqu’un comme Pierre Didy Tchakounte et des gens comme Richard Zoetele band.

Pourquoi ?

C’est beaucoup de créativité, c’est la musique vraie, tu sens que c’est des esprits qui s’affrontent, la musique n’est pas ce qu’on programme sur l’ordinateur avec déjà toutes les bases où on prend on colle, là-bas tu vis, c’est du live, c’est du pur, c’est du soft en fait.

Votre avis sur l’industrie musicale au Cameroun ?

C’est ce que je dis toujours : ça ne va pas. L’industrie au Cameroun est très malade, terriblement malade, déjà même les artistes ne reçoivent pas toujours leurs droits parce qu’à chaque moment il y a tel société qui naît. Dans un pays sérieux, dans un pays où on respecte les arts il ne peut avoir 2 sociétés de droits d’auteur…Le terrain est carrément laissé aux pirates…Le showbiz est malade il faut vraiment qu’on fasse quelque chose…C’est pour cela que la 1ère des choses quand je suis arrivée ce n’est pas la titre-là qui allait sortir, c’est autre morceau, parce qu’étant artiste je me devait pas d’arriver et chercher le buzz ou bien chercher à manger, il fallait que je décrive ce qui ne va pas, dire au ministère de tutelle que voilà il y a un problème à ce niveau…

Merci de nous avoir reçu et échangé avec nous ; mais avant de nous séparer quel est le message que vous passez à vos fans ?

Je dirai à mon public que je suis là. A un moment donné on me disait « essaye gars la banane a déjà mûri » je disais que non, il n’était pas encore temps mais je pense maintenant que j’ai toutes les armes en main qu’il faut pour convaincre tous les mélomanes du Cameroun et de l’Afrique. Je souhaite que de la même manière ils ont ouvert leur cœur aux autres artistes de l’ouvrir aussi à ma musique et d’écouter un peu ce que je dis parce que ce n’est que le départ. Toofan a dit ce n’est que le début du commencement  parce que ce qui est derrière c’est pas facile du tout c’est beaucoup d’années de travail et aujourd’hui quand on atteint un niveau on se dit même les yeux fermés on est capable de produire des choses ; donc j’ai besoin du public…

 

Propos recueillis par Colbie Medjom

 

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