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Joseph Sumegné : « je suis fier quand on qualifie mon œuvre du rond-point Deïdo de ndjoudjou…»

Il est un archétype de l’art au Cameroun, ses œuvres sont exposées à travers le monde, Joseph Francis Sumégné nonobstant sa stature et sa posture sociale  reste très modeste. Coordonnateur du pôle arts plastiques à cette 4ème édition de la Rentrée Culturelle et Artistique Nationale (RECAN), il se félicite de la tenue de cette grande messe culturelle sur l’ensemble du territoire national.

Pôle arts plastiques RECAN 2019 à Yaoundé/ Kulture Master

On vous présente comme l’un des plus grands artistes d’Afrique, que pensez-vous de la pratique de l’art plastique au Cameroun ?

Dans notre secteur nous avons des artistes de vocation, des aventuriers et des commerçants, si tu ne te définis pas dans un secteur, tu te retrouveras certainement dans l’autre. Les artistes de vocation ne  sont pas à la quête forcément de la gloire, mais de quelque chose de rare, quelque chose qui est sublime. Ils sont aussi à la quête de la perfection, car l’artiste est celui-là qui tend à rechercher la perfection suprême. La Joconde de Léonard de Vinci est une œuvre d’art, un chef d’œuvre  qui fait la fierté de la France.

On aimerait savoir comment s’est déroulée l’enfance de Sumégné et comment avez-vous contracté le virus de l’art plastique ?

Mon professeur de dessin c’est ma grand-mère parce qu’elle était une femme de prince et les femmes de prince avaient des peaux tatouées. Dès lors qu’on leurs  tatouaient la peau, moi j’aimais regarder ma grand-mère nue car j’avais la possibilité de regarder les gravures sur ses mains, sur son ventre et derrière le dos. Ça me fascinait beaucoup. Devenu grand j’ai compris que c’est mon premier cours d’art que je recevais par le biais de ma grand-mère et à ce titre je suis devenu son premier étudiant.

Lire aussi “Abdias Ngateu, un artiste pour l’éveil des consciences à travers la peinture”

Sculpture intitulée “Les notables” réalisée par Joseph Sumegné en 2004/ https://universes.art/en/

Où avez-vous fait vos études ?

Déjà je sais parler un peu, mais je ne sais pas parler beaucoup c’est pour cela que vous allez constater que je parle avec beaucoup de fautes parce que l’école m’a déçu je n’ai pas bien fréquenté. J’ai appris tout sur le tas : parler, écrire, dessiner. Je n’ai pas le niveau du CM1.

Vous êtes l’auteur d’une œuvre qui fait la fierté de la ville de Douala, on aimerait savoir dans quel contexte avez-vous  matérialisé cette dernière dans votre esprit avant de la concevoir ?

Pendant que je faisais mes recherches sur le « jala »  (la clé imaginaire de réflexion  de mon espace artistique) qui me permet de m’inspirer sur les choses qui m’entourent et surtout mon travail qui aboutit au rond-point Deïdo est la résultante de mes interrogations, car je me demandais toujours à quoi ressemblera mon travail dans un espace public. Dès lors que j’ai eu l’occasion avec Doual’art j’ai fait mes propositions, nous sommes allés voir la sculpture  faite par Manuela Dikoumé qui se trouve à l’entrée du marché des fleurs à Douala qui s’appelle la Déesse. On m’a demandé si ma sculpture va ressembler à la sienne. J’ai dit non, la nouvelle liberté ne doit pas ressembler à cette statue. J’ai baptisé ma sculpture la nouvelle liberté parce que de 1990 à 1994, il y’avait un bouillon de questionnements à propos de la liberté et l’agitation de cette période m’a poussé à constater que l’ancienne formule n’a pas payé.

La nouvelle liberté donc parce que c’est une liberté de penser, de proposer, une liberté de faire des efforts personnels et d’approcher l’autre avec prudence pas avec violence.

Combien de temps avez-vous mis pour magnifier cette œuvre ?

2ans six mois, on l’a érigé le 21 juillet  1996. Je l’ai réalisé à la base navale de Douala sur un berceau.

Les camerounais ont baptisé la statue de la nouvelle liberté le «Ndjoundjou » du rond-point Deïdo. Qu’est-ce que ça vous fait d’entendre ça ?

Je vais répondre de manière professionnelle : toute œuvre d’art qui ne suscite pas de réactions est un échec. D’autres disent que c’est le monstre, c’est un fou qui a fait ça personnellement ça m’a beaucoup réjoui. Aujourd’hui, les mêmes disent que c’est une œuvre de génie, ce qui est beau est beau. Je vous ai dit que l’art relève du divin, le vrai Dieu est neutre.

En dehors de la statue de la nouvelle liberté du rond-point Deïdo quelles sont vos  autres réalisations ?

J’ai fait beaucoup d’autres œuvres. J’ai réalisé l’œil de neige à Hambourg en Allemagne, j’étais également en Hollande pour présenter une collection qui se trouve actuellement au musée national. Ça s’appelle les neuf notables. Je bosse dessus depuis 1988. Mon rêve est que lorsque je vais achever ça que ça devienne un véritable chef d’œuvre. J’ai fait également l’enfant au cerceau au Gabon. Je travaille aujourd’hui pour un galeriste qui est en France. Je suis dans sa collection, il s’appelle Jean Paul Blacher. Bref je suis plus connu dehors qu’ici. Mon pays me regarde. Aujourd’hui j’ai 68 ans, quand on m’a confié la statue de la nouvelle liberté, je rêvais  qu’après  que le gouvernement pouvait me confier un autre endroit où je pouvais faire une autre  de mes folies à Nsimalen par exemple. Le gouvernement a préféré me donner une médaille et une nomination (Rires) je m’en contente.

La statue de la nouvelle liberté de Deïdo réalisée par Joseph Sumegné/ Source photo: Enough Room for Space

Est- ce que vous transmettez votre savoir-faire aux jeunes artistes plasticiens ?

Je les reçois chaque jour, ils viennent à l’atelier dans le cadre de rédaction de leur mémoire. Vous voyez l’école se trouve partout, je suis l’un des meilleurs élèves de la libre école.

Quels conseils pouvez-vous prodiguer aux jeunes ?

Il faut beaucoup travailler et ne pas mettre l’argent devant. Quand on m’a proposé de réaliser la statue de la nouvelle liberté, j’ai accepté sans demander de l’argent, or si je voulais l’argent je ne devais pas être connu dans le monde entier.

Interview réalisée par Culturebene

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La rédaction

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