Ce 20 Décembre 2017, l’Institut Français du Cameroun de Yaoundé a abrité le vernissage de la marque de vêtements Ignacio Clothing devant un public curieux venu nombreux pour l’occasion. C’est dans le cadre du concept « le designer du moins » initié par l’IFC qu’Ignacio Tsimi, propriétaire de la marque a été choisi pour présenter son chef-d’œuvre.

L’événement qui débute plus tard que prévu suscite aussitôt l’intérêt une fois l’objet dévoilé, notamment la présentation des vêtements de la ligne Ignacio Clothing. A cet effet, le public et autres curieux ont eu droit à des défilés au cours desquels on pouvait découvrir et voir de près les différents modèles de tuniques, boubous et t-shirts issus de la maison Ignacio Clothing.

L’un des moments marquant de la soirée a été la présentation officielle du T-shirt qui pleure, qui d’après le designer est le symbole d’une jeunesse inconsciente des opportunités qui s’offrent à elle. A travers cette création, Ignacio Tsimi veut apporter sa contribution pour la construction et le développement de son pays qui passe avant tout par une jeunesse aux talents multiples et ceci en l’encourageant à saisir et profiter de tout ce qui se présente à elle aussi minime qu’il soit.

La soirée de vernissage de la marque Ignacio Clothing n’a pas seulement été un espace d’échange et de partage axé sur la mode streetwear que le designer est venu présenter ; mais aussi des performances musicales. En effet le rappeur et animateur Tony Nobody était également de la partie avec son titre « Danse d’abord » dont le clip est sorti en Août dernier. Au-delà de sa prestation, Tony Nobody a longuement félicité et encourager le designer. Pour ce dernier, s’impliquer dans des initiatives comme celle-là relève de son envie incessante de donner un coup de pouce à ceux qui se démarquent au quotidien. « Je soutiens tout ce qui est excellence camerounaise en terme de talent. Et tout ce qui tourne autour de la musique, puisque la mode autour de la musique. Il est extrêmement talentueux et de surcroît il fait le design camerounais…Voilà pourquoi je suis là ».

Présentation officielle de la nouvelle collection d’Ignacio Clothing/ Kulture Master (c)

Après ces différents passages, nous avons rencontré Ignacio Tsimi, un camerounais qui a démissionné de son poste une fois qu’il avait réuni suffisamment de fonds pour se lancer en solo. Il s’est brièvement confié sur son parcours en tant que designer au Cameroun.

« Ignacio Clothing est un jeune camerounais âgé de 31 ans, comptable de formation et de  profession, mais qui a décidé de se lancer dans sa passion. C’est depuis 2014 que j’ai commencé à travailler…Comme dans toute chose ça prend du temps pour implanter, pour se faire connaître, pour valoriser qu’on fait. Un an plus tard l’histoire a commencé à s’écrire ; en 2015 j’ai fait un enchaînement de créa, c’est allé crescendo ; ça devenait de plus en plus intéressant et ça attirait les gens autour de moi…

C’est ainsi qu’en 2016 est organisé la première fashion week au Cameroun. J’ai été contacté pour défiler là-bas (jusqu’ici c’est mon plus grand couronnement) ; ça été un très grand honneur pour moi d’aller parmi les meilleurs ; un designer de « streetwear » qui présente une collection de T-shirt, me retrouver avec des gens qui font des choses incroyables, ça été très motivant. Ça m’a fait comprendre qu’il faut continuer de travailler.

Quand j’ai décidé de me lancer, les T-shirts étaient à la mode au Cameroun et il fallait essayer de suivre le mouvement de l’heure qui était les T-shirts imprimés avec des messages comme « Tu dors ta vie dort ». Je suis aussi venu avec ma part : « C’est ma vie je ne te gère pas », « Dieu est grand », « Holy Spirit » et puis après je me suis dit bon on ne va pas faire que ça. Alors j’ai dit pourquoi ne pas essayer ? Voilà comment après l’impression j’ai commencé à utiliser le tissu et j’ai révolutionné les T-shirts afro-street au Cameroun. Avant moi personne ne faisait le T-shirt afritude avec le col mao; si quelqu’un a une preuve qu’il l’apporte…Après quelques mois les collègues ont copié, j’ai vu ça piraté de gauche à droite, mais je ne me suis pas arrêté là ; ça m’a plutôt donné l’envie de mettre la barre plus haute ; j’ai fait des T-shirts-robes que vous avez vus.

Après les T-shirts-robes je me suis dit il faut encore faire quelque chose. J’ai voulu faire un boubou qu’on a jamais fait, c’est pour cela que j’ai fait le premier boubou urbain et on avait jamais vu un boubou en jeans…Après le boubou urbain, j’ai fait la tunique en jeans que vous avez vue…Après la tunique je me repose un peu ; je reviens en Février avec une nouvelle collection. Je préfère ne pas vous donner la couleur de ce qui arrive, mais je sais que je vais encore marquer…

Ignacio c’est un malade de travail, c’est l’inspiration matin, midi, soir ; c’est ma passion, je ne vis que ça…

Le plus difficile c’est de promouvoir ce qu’on fait ici…Egalement on importe tout. Normalement au lieu d’acheter ce T-shirt pour travailler dessus, on devait acheter des rouleaux de tissu, les tailler et découper nous-mêmes…On achète tout même l’aiguille qu’on utilise.

Ce qu’on a d’office à faire c’est de ne pas baisser les bras en attendant que nous ayons des solutions adéquates, il faut continuer à faire. Il faut continuer de vouloir se faire d’abord entendre. Je vais prendre l’exemple du hip-hop camerounais. Autrefois les rappeurs étaient taxés de voyous, il était difficile d’assumer même ce statut de rappeur, mais aujourd’hui à paye. Et comme le hip-hop était embryonnaire autre fois, la « streetwear » camerounaise est embryonnaire…Je crois que les designers actuels doivent prendre conscience du fait qu’ils sont les précurseurs, ils sont là pour défricher et préparer le terrain pour ceux qui arrivent.

Il y a trop de talents au Cameroun. J’ai eu la possibilité de voir ce qui se fait ailleurs et je vous assure il y a pas match. Le Cameroun c’est un maillon fort en Afrique Centrale en matière de « streetwear « …Il faut continuer à travailler.

Le dernier message c’est le T-shirt qui pleure présenté à la fin. Il pleure des pleurs muets ; les larmes de ce T-shirt coulent à l’intérieur. Il pleure parce qu’il voit une jeunesse qui hésite.

 

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