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Ousmanou Sali « ‘Les bonnes’ sont des personnes qui souffrent et qui ne sont jamais célébrées »

Commençons cette nouvelle semaine avec le théâtre, notamment la mise en scène de « Les bonnes », une pièce écrite par le français Jean Genet (représentée pour la première fois en 1947) et qui est actuellement mise en scène au Cameroun par Ousmanou Sali. A quelques jours de la représentation finale de cette pièce théâtrale, nous avons eu un échange avec son metteur en scène qui nous a clairement expliqué sa vision derrière le choix de cette œuvre. Pour rappel, la représentation aura lieu le 1er mars 2019 au laboratoire culturel Othni à Yaoundé.

Commençons cette nouvelle semaine avec le théâtre, notamment la mise en scène de « Les bonnes », une pièce écrite par le français Jean Genet (représentée pour la première fois en 1947) et qui est actuellement mise en scène au Cameroun par Ousmanou Sali. A quelques jours de la représentation finale de cette pièce théâtrale, nous avons eu un échange avec son metteur en scène qui nous a clairement expliqué sa vision derrière le choix de cette œuvre. Pour rappel, la représentation aura lieu le 1er mars 2019 au laboratoire culturel Othni à Yaoundé.

De quoi est-il question dans la pièce « Les bonnes » ?

« Les bonnes » est une pièce écrite par Jean Genet qui est un monsieur qui n’a pas eu une vie facile. Dès l’âge de 7 mois il a été abandonné par sa mère. Il a fait la prison, il a beaucoup souffert dans sa vie et quand il relate « Les bonnes », on voit deux personnages, deux jeunes femmes qui ont vieilli sous l’étau de madame. C’est donc l’histoire de deux sœurs Claire et Solange, qui, jalouses, de leur patronne, planifient comment tuer cette dernière. Tout y est expliqué, comment elles ont vécu leur jeunesse jusqu’à vieillir sous madame qui est une femme qui a presque tout mais qui manque d’amour maternel, qui considère ses deux bonnes comme sa distraction, son souffre-douleur… Retenez que c’est l’histoire de deux bonnes qui planifient la mort de leur patronne.

Pour quelle raison avez-vous porté votre choix sur cette pièce exclusivement ?

En tant qu’artiste je vois le texte, je vois l’auteur. Le texte m’a plu parce que ça parle des bonnes, nulle part il est précisé que c’est l’Europe, c’est les Etats-Unis, les bonnes c’est un peu partout dans le monde…C’est des êtres humains qui travaillent qu’on ne célèbre presque jamais. Généralement c’est des femmes qu’on exploite dans le monde entier et qui revendiquent mais qu’on ne considère presque pas.

Vous avez parlé des femmes qui se rebellent contre leur patronne dans la pièce. N’est-ce pas un mauvais message que vous êtes en train de passer au public ?  

Je n’ai pas envie de passer un message quelconque à qui que ce soit, je montre juste une pièce de théâtre. Nous n’avons pas les mêmes yeux, nous n’avons pas les mêmes oreilles. Par exemple, en disant juste bonjour à quelqu’un il va interpréter comme il veut. Pour moi c’est comme une peinture que je suis en train de dessiner et c’est à chacun de se placer et de prendre l’essentiel de ce qui l’intéresse. Je ne suis pas un donneur de leçons, je ne suis pas là pour conscientiser les gens. J’ai dit ce texte m’a parlé parce qu’il parle des bonnes, ces dames, ces messieurs qui ne sont presque jamais célébrés et qui en souffrent dans le monde entier. J’ai des sœurs qui travaillent pour les autres et je me dis pourquoi ne pas partager cette douleur-là à ma manière dans la création.

Les comédiennes Doris Meli (Claire), Becky Beh (Solange) et Ornela Ngongang (Madame) pendant les répétitions de la pièce “Les bonnes”/ DR

Comment comptez-vous adapter ces textes écrits par un français au contexte camerounais?

Je suis camerounais et africain et donc quand je lis le texte j’essaye de me l’approprier et de faire en sorte que tout soit contextualisé selon mon environnement. J’ai essayé de ne pas trop compter sur les didascalies de l’auteur et j’imagine les personnages, le décor et je les adapte selon mon milieu. Je travaille avec une équipe en qui j’ai confiance et vous allez voir le résultat à la fin.

Comment s’est passé le choix des comédiennes qui incarnent les différents personnages de la pièce ?

J’ai fait un casting sélectif. Je connais des comédiens que j’ai vu jouer et avec qui j’ai eu à travailler. Chaque fois que je lisais le texte, j’imaginais tel rôle qui peut aller avec tel personnages, voilà.

Quelle est la plus grande difficulté lorsqu’on réalise une mise en scène au théâtre ?

La plus grande difficulté c’est d’abord les finances parce que quand on a assez de finance on c’est facile de trouver une équipe professionnelle, disponible, avoir le matériel qu’il faut. Par contre quand on est réduit financièrement on ne peut que s’adapter avec ce qu’on a. On peut imaginer des choses qui demandent de l’argent mais qu’on ne peut pas faire. Il y a aussi la disponibilité de l’équipe par exemple. Quand on n’a pas assez de moyens on ne peut pas leur imposer un rythme de travail sachant qu’on ne les paye pas assez. Pour s’en sortir on fait des compromis, on essaye de partitionner les journées…

Êtes-vous satisfait de ce que vos comédiennes donnent pendant les répétitions ?

Je suis satisfait du travail qui se fait, on a beaucoup travaillé sur le texte parce qu’il est un peu compliqué et très délicat. Il faut faire beaucoup de recherches autour de l’auteur, autour du texte et se l’approprier comme j’ai dit au départ. Ensuite mettre les comédiennes dans les conditions de travail et les amener à comprendre notre démarche et nos objectifs de mise en scène.

Qu’est-ce que vous réservez au public qui viendra assister à la représentation de « les bonnes » le 1er mars prochain ?

Un bon spectacle (rires). Nous réservons un cocktail, un met de chez nous bien concocté. C’est vraiment un beau spectacle qui est digeste où chacun va se retrouver ce qui est sûr.

Le théâtre, un art en agonie au Cameroun?

On va sortir de votre pièce et parler du théâtre en général. L’art de la scène qu’est le théâtre souffre de l’ignorance et la négligence du public surtout. A votre niveau que faites-vous pour que les camerounais s’y intéressent davantage ?

Les camerounais connaissent ce que c’est que le théâtre, maintenant ils ont le choix de quel théâtre ils visionnent. Il y a plusieurs formes de théâtre, alors les gens aiment ce qui va avec eux. S’ils décernent par exemple ce que nous vivons au quotidien comme le commérage, la belle-mère méchante et autres ils vont s’intéresser. Le souci qu’on a c’est que les gens sont plus concentrés sur la télé. Aussi pour beaucoup dans ce pays, le théâtre n’est même pas un métier, c’est une distraction.

En ce qui me concerne, mon souci c’est de créer un produit. Mon produit que je crée je le confie à celui-là qui va vendre, c’est à lui de faire ce travail-là. Maintenant nous sommes dans un théâtre pauvre, en ce moment je me dis je participe aussi à la création, la communication la vente de ce produit. J’essaye de produire le spectacle au maximum et de le promouvoir via les canaux possibles. Toutefois on essaye de faire un théâtre de développement qui est un théâtre qui conscientise mais dans le volet classique ou contemporain on n’a pas besoin de donner de leçon, on fait notre travail et le public juge.

Que prévoyez-vous pour la suite après la représentation de « Les bonnes » ?

Des projets il y en a beaucoup parce que chez nous au théâtre on se crée nous-mêmes notre travail, ce n’est pas facile de trouver des producteurs, des mécènes qui vous appellent facilement. Avec « Les bonnes », mon objectif c’est de créer un spectacle en trois langues, certes je ne suis pas bilingue comme il faut, c’est mon pays qui est bilingue mais j’ai envie de le monter en français, en anglais et en allemand avec les mêmes comédiens et la même mise en scène et pourquoi pas en espagnol et peut-être en chinois un jour.

Sachant qu’on ne parle pas l’allemand au Cameroun cela voudrait dire que vous visez un public international à la longue.

Je ne fais pas un produit camerounais, je fais un produit international. C’est comme le concepteur d’un téléphone quand il le fait c’est pour tout le monde donc pourquoi moi je ferai un produit francophone ? Non. C’est pour cela que j’essaye de m’ouvrir. Si jamais je vois qu’on peut jouer ce spectacle en fufuldé on va le faire en fufuldé. C’est un produit qu’on doit vendre, nous ne jouons pas aux sentiments. Néanmoins on a quelques répliques en langues locales qu’on a insérées dans la pièce.

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Propos recueillis par Colbie MEDJOM

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Colbie Medjom

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