Cela fait déjà quelques jours que la liste des présélectionnés du Prix RFI Théâtre 2020 a été rendu publique. Il s’agit ici des 13 textes retenus pour la suite de la compétition et dont le lauréat sera connu et primé le 27 septembre prochain à Limoges lors du festival « Francophonie-des écritures à la scène ».

Edouard Elvis Bvouma, dernier camerounais en date lauréat du Prix RFI Théâtre (2017) avec son oeuvre “La poupée barbue”/ DR

Le Cameroun comme l’année dernière figure dans le top 13 de cette 7e édition. Cette année c’est Sandra Elong, unique candidate camerounaise qui aura l’honneur de prétendre au titre de lauréat du Prix RFI Théâtre 2020, avec son texte « Candeur carabinée ».

C’est au total 218 candidatures issues de 20 pays pour la plupart des auteurs africains qui auront été reçus lors de la première phase du concours. Choisis pour leur qualité dramaturgique, la plupart des textes dont une cinquantaine portent sur le corona virus.

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En attendant la proclamation des résultats définitifs en septembre, nous vous présentons les 13 finalistes du Prix RFI Théâtre 2020 :

Ainsi va la vie, Said-Mouhamed Ba (Sénégal)  
Un clochard nous prend à témoin. Il se moque de nos peurs, de nos plaintes et met l’épidémie Covid-19 en parallèle avec les millions de morts par les guerres, le paludisme, la faim…
Un DJ l’accompagne et intervient en contrepoint de cette invective coléreuse et rythmée façon slam.

La Cargaison, Souleymane Bah (Guinée) 
Des gens échoués quelque part, sous surveillance. Des voix montent de cette « cargaison » : hommes, femmes, et même un enfant dans le ventre de sa mère. Les uns se rebellent, d’autres se résignent, d’autres surveillent et punissent. Il est question d’émeute, de répression, d’emprisonnement, de cercueils et de corbillards… D’une sous-autorité qui s’élève contre une autorité. Et enfin d’une balle qui se loge dans un corps.
Un groupe d’humains en détresse compose ce chœur polymorphe.

Le Poids du ciel sur la tête, Vhan-Ohlsen Dombo (République du Congo)
Gabrielle, confinée chez elle, ne supporte plus la misère du monde et la sienne. Elle a perdu de son seul compagnon : un chien. Est-ce l’animal trouvé par le Fou dans les poubelles ? Même solitude chez Gabor, sculpteur mais, dans les rues animées du marché, il retrouve les échos du monde.
L’écriture joue avec les mots et les sonorités

Le Chemin vers l’homme penché à la fenêtre, Besma Eleuchi (Tunisie)
Une femme fuit l’Homme accroupi sur le canapé. Elle va vers l’Homme penché à la fenêtre. Ils partagent leur solitude, leurs peurs, se découvrent. On suit la femme sur le chemin de la liberté, vers une autre langue que la sienne, où masculin et féminin ne coïncident pas toujours.
Entre récit, relation épistolaire et échanges dialogués, une traversée poétique où les personnages prennent les couleurs de leurs états d’âme…

Candeur carabinée, Sandra Elong (Cameroun)
Un adolescent a rejoint un groupe de rebelles, pour venger sa famille massacrée. L’enfant soldat se voit confier la garde d’un prisonnier. L’homme est son jeune oncle ; venu le tirer de là pour retrouver sa mère, survivante, et renouer avec son rêve : devenir un grand footballeur.
De la haine à la résilience.

Le Bal de l’incontinence, Djevens Fransaint (Haïti)
Un groupe d’individus improvisé en famille squatte une maison bourgeoise décrépite. Le père est le tyran de ce petit royaume. Confrontés au monde extérieur par la visite d’un médecin directeur d’une clinique et des pompes funèbres ou d’un émissaire de l’État chargé d’effacer la famille de l’Histoire, la mère et les deux fils font de la résistance.
Un théâtre absurde et cruel où chaque séquence s’articule autour d’une péripétie loufoque…

La Traversée, Mireille Gandebagni (Bénin)
Vidou et Filsterre sont en route pour « le paradis » : pas celui d’Allah mais un ailleurs, loin de leur pays gangréné par la misère et la corruption. Ils ont raté le bateau… Chacun s’en rejette la faute. Cette comédie un peu aigre prend un tour tragique : au fil du dialogue, Vidou dévoile ses vilénies… Mordu par un serpent, Filsterre ne fera pas la traversée, mais exige le repentir de son faux ami …

Hangbé, Kokouvi Dzifa Galley (Togo)
Hangbè s’adresse à la statue de son frère jumeau mourant, le roi Akaba. Elle va lui succéder sur le trône et mener une guerre victorieuse à la tête de ses amazones : les Minos. À la mort de son fils unique, elle sera contrainte d’abdiquer. Les invocations d’Hangbè à son frère et à ses guerrières, à son père puis à son fils sont accompagnées de chants et de voix multiples. Rythmée et poétique, cette épopée rend justice à une femme légendaire qui régna de 1708 à 1711 et créa du corps des amazones du Dahomey.

Babillages, Sarah Hatem (Liban)
La Voix bleue (féminine) s’adresse à un enfant. D’autres voix lui font écho tantôt chorales, tantôt individuelles. Sous forme de huit variations musicales, Babillages traite de la guerre (celle du Liban), de l’exil : maisons quittées, jouets abandonnés… La route, le bateau, les bombes…
Ces voix tissent un paysage de mémoire, à l’aune d’enfances traumatisées.

Le Purgatoire, Naïza Fadianie Saint-Germain (Haïti)

Au purgatoire, Lili, adepte de Rimbaud et transsexuelle, donne une leçon de grammaire à la prude Juliette Capulet et à Linda Lovelace, actrice de porno : elles doivent analyser un vers des Onze mille verges de Guillaume Apollinaire ! Tamar les rejoint avec un poème érotique de Paul Verlaine.
Les personnages anachroniques de cette comédie déjantée s’affrontent à coups de références coquines, cinématographiques et littéraires, et s’en prennent au machisme…

Palabres urbaines, Jean-Paul Tooh-Tooh (Bénin)
La pièce donne voix à un grand nombre de personnages sous forme de séquences titrées : Diarrhée ; Python sous la jupe ; Argent internet + Famille et Sorcellerie ; Famille et Polygamie. Des micro histoires s’entrecroisent tandis que l’auteur commente et questionne son texte. Le « grand théâtre du monde », tantôt comique, tantôt polémique, tantôt tragique : un matériau polyphonique dans lequel la mise en scène peut puiser et distribuer les rôles à sa convenance…

Le Chant de la petite horloge, Jérôme Tossavi (Bénin)

Alerte dans les bureaux : un sac abandonné, un tic-tac suspect ! Va-t-il exploser ? Que faire ? Les personnages s’agitent, se perdent en conjectures. Chacun s’exprime, dans l’urgence. « Chaque réplique porte potentiellement le souffle d’un personnage (de cinq à quinze) », précise l’auteur.  Finalement, il y aura plus de peur que de mal.
Cette comédie renvoie autant au terrorisme qu’à une pandémie – ou à l’état explosif d’une société.

Frères de sang, Pingdwinde-Paul Zoungrana (Burkina Faso)

Un narrateur démiurge met en scène la confrontation entre un terroriste et un gendarme. Le gendarme course et rattrape le terroriste : c’est un ami d’enfance qui, après le massacre de sa famille, a rejoint le camp des Islamistes. Chacun raconte son histoire depuis la guerre civile…
Ironique, le narrateur commente leur dialogue par des diatribes monologuées, rythmées ou chantées.

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