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Salatiel : « Aujourd’hui on n’invente plus rien de nouveau car, j’estime que tout a déjà été créé… »

Originaire de la ville de Tiko dans le Sud-Ouest du Cameroun, Salatiel (Livenja Bessong Salatiel de son vrai nom), est un chanteur, compositeur et producteur camerounais, qui est l’auteur de plusieurs tubes tels qu’« Anita », « Ça se passe ici », « Sans complexe ». Il compte également de nombreuses collaborations avec des artistes comme Daphné et Mr Leo, signés sur son label Alpha Better Records. 

Récemment, Salatiel a créé le buzz en faisant partie des 9 artistes africains (et le seul représentant d’un pays francophone), qui ont collaboré sur l’album The Lion King : the gift, de la superstar américaine Beyoncé. 

Il est de passage en Afrique du Sud pour participer à la conférence musicale Moshito, présenter son dernier single, mais également découvrir le marché sud-africain et nouer de nouveaux contacts. Entrevue. 

Salatiel/ DR

Vous êtes en Afrique du Sud pour prendre part à la conférence musicale Moshito. Pour ceux qui vous connaissent peu ou pas encore, qui est Salatiel ?

Je suis un artiste, producteur et compositeur camerounais, qui exerce le métier depuis un peu plus de 10 ans. En quelques mots, …je suis juste un jeune camerounais qui aime la musique à fond (rires).

Vous faites partie des 9 artistes africains qui ont collaboré sur l’album de Beyoncé, The Lion King : the gift. Vous aviez déclaré lors d’un live Facebook que lorsque vous aviez été contacté, au début vous étiez sceptique. Après confirmation qu’il s’agissait bel et bien de Beyoncé, qu’avez-vous ressenti ? 

Je me suis dit que de plus en plus, la musique africaine prouve qu’elle est la musique du futur ; cela est d’ailleurs la thèse que j’ai toujours soutenue. Elle est tellement riche et il y a encore tellement de sons et genres à exploiter, qu’elle a un très bel avenir devant elle. Le monde va finir par être envahi par la musique africaine.

Ce qui m’a réjoui aussi, c’est que c’est la première fois pour un Camerounais de participer dans un projet d’une telle envergure. Je parle des artistes de notre génération bien sûr. Avant nous, il y a eu beaucoup d’artistes camerounais tels que Manu DibangoRichard Bona et d’autres, qui ont accompli beaucoup de choses au niveau international.

Pour moi, ce qui est arrivé est d’une grande importance car, cela va encourager les jeunes de ma génération, non seulement Camerounais, mais Africains en général. Désormais, les jeunes en Côte d’Ivoire, au Gabon, et ceux des autres régions du continent sauront que c’est possible de briller et ils pourront mesurer l’impact de notre musique dans le monde entier.

Ce n’est pas nous qui sommes allés vers Beyoncé, on n’a pas fait de marketing ni de PR dans ce sens, mais c’est plutôt son équipe qui est venue vers nous. Être donc sélectionné alors qu’elle a sûrement dû écouter des tonnes d’artistes, c’est vraiment un plus pour l’Afrique francophone et le Cameroun.

Justement, il y a un débat actuel sur les artistes anglophones du continent qui s’en sortent mieux que les francophones. Ce débat a été ravivé avec la sortie de l’album The Lion King, qu’en pensez-vous ?

Je pense que c’est beaucoup plus le marketing qui fait défaut dans les pays francophones ; c’est pour cela que j’effectue ce voyage ici en Afrique du Sud. Le but est de créer des contacts, nouer des relations car je suis conscient que je suis peu connu par ici. Cela n’a rien à voir avec le niveau ou la qualité de la musique.

Il y a beaucoup d’artistes africains francophones qui font de la musique de qualité, mais qui ne se vendent pas correctement au public international. Souvent on a l’impression que nous sommes en train de le faire car on passe sur des chaînes TV qui font partie d’un réseau international, or ce n’est pas le cas, car ces chaînes ciblent un public uniquement francophone. Il faut donc élaborer une bonne stratégie et un bon plan marketing.

Pour conquérir de nouveaux marchés, il faut que les artistes francophones se déplacent plus ; qu’on aille à la rencontre des autres, se produire dans des endroits inédits, expérimenter plus.

Vous écrivez et composez pour d’autres artistes. Quel est votre processus de création, en particulier lorsque vous produisez pour un autre artiste ?

Aujourd’hui on n’invente plus rien de nouveau car, j’estime que tout a déjà été créé et ce que l’on fait portera toujours une ressemblance avec des chansons actuelles ou anciennes. Alors, lorsque je dois composer pour un autre artiste, je répertorie ses atouts naturels et le registre dans lequel il veut se situer. Ensuite, je travaille sur des éléments tels que : la direction artistique à prendre, le marché visé, le temps disponible pour le projet (la date de sortie etc).

Voilà mon processus de création en bref. La musique peut venir soit par un beat d’abord ou alors ce sont les paroles qui viennent avant.

Vous avez développé votre art et votre talent au sein des chorales d’églises et universitaires. Parlez-moi un peu de vos débuts, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

C’est vrai que je me suis vraiment consacré à la musique à l’université. Lorsque j’ai commencé à me passionner pour cet art, je n’avais pas accès aux instruments. J’ai appris le piano sur un clavier que j’ai dessiné (sur une table) quand je préparais mon bac. Dès que je me trouvais en présence d’un vrai piano et que je rencontrais un pianiste, je lui demandais de m’apprendre quelques notes et je rentrais m’exercer sur mon « piano » à la maison.

En 2007 à l’université, j’ai enfin eu accès au piano de l’église. Je passais carrément mes nuits à essayer diverses choses. Après 6 mois, je suis devenu un vrai pianiste, un batteur etc. (rires).

Mais avant cela, je composais déjà des chansons ; j’écrivais des mélodies. Travailler au sein des chorales m’a beaucoup aidé. La première fois que j’ai été en studio, c’était avec une chorale gospel. J’ai ressenti le désir de devenir arrangeur, faire ce que les gars en studio font, c’est-à-dire mettre des mélodies sur les chansons.

Vous êtes en train de travailler sur un album, Africa Represented. Parlez-moi de l’inspiration derrière. Quels thèmes souhaitez-vous aborder et quels sont les artistes qui vont y figurer ?

Cet album, on compte le sortir en 2 phases. Il y a l’album qui contient le son « Salatiel » et une version Extended play. Ça sera mon premier album international, alors je vais me focaliser sur des styles comme l’afro-pop, le reggae et la world music. Il sera composé de neuf titres dont un remix de « Water », avec un son différent de la version disponible sur Lion King, qui me permettra de m’exprimer encore plus.

Les thèmes que j’aborde sont : l’africanité, le peuple africain, la danse, bref toutes ces choses qui nous donnent de la joie, qui nous « enjaillent », le sens de la famille etc.

Le premier single d’ailleurs, « Ayagayo (Good times), un titre festif, est déjà disponible sur Spotify. Le but de cet album est de créer un pont entre l’Afrique et le reste du monde. C’est pour cela que j’y ai incorporé beaucoup de sons reggae, ma musique favorite et une des musiques noires les plus populaires au monde. Je travaille sur l’album depuis 2013, j’attendais juste le bon moment pour le sortir.

C’est donc un grand plaisir pour moi de partager qui est vraiment Salatiel avec le reste du monde.

Vous faites partie de la communauté anglophone du Cameroun. On a évoqué un peu le débat sur les artistes anglophones /francophone. Comment naviguez-vous sur cette double identité, vous qui êtes un artiste anglophone dans un pays majoritairement francophone ?

Honnêtement c’est très difficile ! (rires). Pour répondre à ce défi, les artistes camerounais utilisent beaucoup le francanglais (ou camfranglais), un jargon urbain qui mixe l’anglais, le français, et le pidgin local. Vu qu’il y a 80 % de francophones contre  uniquement 20 % d’anglophones le public camerounais s’attend à ce que les chanteurs s’expriment en français. J’ai donc développé un style d’écriture où je passe du français à l’anglais, de manière tellement subtile que tout le monde comprend la chanson et se retrouve.

Cela est très important, surtout lorsqu’il est question de s’exporter, car il faut définir le marché que l’on cible. Mais ce n’est pas impossible, il faut juste travailler plus, redoubler d’efforts.

Vous arrivez à un moment où il y a des incidents xénophobes en Afrique du Sud dans les quartiers défavorisés.  Quel est votre sentiment en tant qu’artiste étranger, quand nous savons que l’Afrique du Sud représente une grande force culturelle et créative sur le continent ?

Je pense qu’il est grand temps que les artistes et les hommes de culture se mettent ensemble. Plus de collaborations, plus de meetings, afin que le monde réalise que ces actes ne viennent pas de tout le monde et ne sont que les déviances d’une minorité. On a déjà surmonté de nombreuses épreuves tels que l’esclavage ou la colonisation imposés par les autres. Il est temps de s’unir.

[NDLR : Salatiel était accompagné de David Alexander, éditeur et directeur de Sheer Publishing, qui a également tenu à dénoncer fermement les incidents xénophobes qui ont secoué l’Afrique du Sud (et qui ont vu plusieurs commerces appartenant à des étrangers, être la cible d’attaques dans différents quartiers défavorisés de Johannesburg) et a réitéré son soutien envers les artistes des autres pays africains. Il a aussi rappelé la nécessité pour les acteurs culturels du continent de travailler ensemble pour construire une industrie musicale prospère.]

Interview réalisée par Patricia YUMBA MUZINGA de Music In Africa

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La rédaction

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