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Salon du livre « Livre Paris 2019 » : Quel bilan pour l’Afrique ?

Les portes du salon du livre de Paris se sont refermées au public ce 18 mars. Pour l’Observatoire National du Livre, c’est l’heure de revenir sur la participation de l’Afrique à ce grand événement d’inter-échange culturel.

On compte en centaines de milliers les visiteurs des quatre coins du globe, à avoir fait le déplacement pour la Porte de Versailles du 15 au 18 mars dernier. Motif, la tenue de la plus grande manifestation littéraire du monde francophone : Livre Paris.

Livre Paris 2019/ © Collectif Emmanuel Nguyen Ngoc

À la stupéfaction générale, et à la différence des deux précédentes éditions, la place de l’Afrique dans cette galaxie d’exposition du savoir-faire livresque francophone reste très mitigée; pas de pavillon Lettres d’Afrique, aucune démarcation majeure et une petite dizaine de représentants pour un continent qui catalyse l’intérêt des assises du livre en français, prévues en 2019.

[En Bref ]

Grâce aux chiffres mis à disposition par le Syndicat National de l’Edition (SNE), le Salon du livre de Paris réunit un peu plus de 1200 exposants de 80 pays composants un réseau international de 33 000 professionnels du monde du livre. De quoi créer de réelles opportunités, susciter des collaborations, des partages expériences, et donc une occasion pour la visibilité de l’édition africaine. Mieux encore, c’est un lieu de cession, de vente de droits, de création de partenariats de coédition favorisée par la présence du Centre international des droits, logé dans le stand du Bureau international de l’édition française. Des avantages que les professionnels du livre en Afrique ont encore du mal à saisir, trop souvent absents des échanges. Une absence toute relative cette année. Si les éditeurs subsahariens n’ont connu pas la même mobilisation que lors des deux dernières éditions, les éditeurs d’Afrique du Nord, quant à eux, ont su porter la voix de leur industrie du livre.

“Des stands pays et l’absence du stand Lettres d’Afrique…”

Onze exposants du continent ont été rencontrés sur le salon cette année. ILP Dakar, Éditions Éburnie (Côte d’ivoire), Ligne Editions (Cameroun), Ganndal (Guinée Conakry), L’Harmattan (Sénégal, Guinée Conakry), Fama Editions (Sénégal), Lettres Mouchetées (Congo Brazzaville) et les stands pays du Maroc, Tunisie, Égypte et Algérie et Bénin, RDC. Exception faite des Éditions Éburnie et des filiales Afrique du groupe L’Harmattan, on constate que seule la petite édition aux faibles moyens comme cet éditeur camerounais rencontré au stand R92 du salon a su comprendre les enjeux d’une manifestation culturelle de cet ordre.

Éburnie qui porte tous les espoirs d’une édition indépendante et afro-francophone en croissance a belle et bien assuré son leadership par la qualité de son stand, et la diversité des activités proposées tout au long du salon. L’exposition d’œuvres d’art africain près de ses livres les plus illustres a réjoui les visiteurs curieux du continent.

“Le Cameroun aux abonnés absents”

Pays de grandes figures de la littérature négro-africaine et contemporaine, le pays de Mongo Beti n’a pu exister dans cette édition du Salon du livre de Paris.

Un stand étroit a été enregistré au nom du Cameroun grâce aux efforts pénibles des éditions Ligne Editions basées à Yaoundé. La maison d’édition consacrée à l’éducation de base et à la jeunesse a bien affiché les difficultés qui amenuisent l’export du livre africain outre atlantique. Inexistence ou presque de stratégies de diffusion, absence criant de soutien étatique, dispersion des efforts internes.

Ainsi pensons-nous que l’ État du Cameroun autant que les acteurs locaux du livre associés pour certains en regroupement professionnel ont une problématique sérieuse à résoudre.

Des collectifs de professionnels du livre en Algérie, Maroc, Egypte et Tunisie, poussés dans leurs efforts par leurs Etats, ont tenu haut le flambeau de l’offre livresque de l’édition africaine sur ce salon. Pour Moncef Chebbi, désigné meilleur éditeur de Tunisie en 2018, “ la mutualisation des forces et la solidarité des professionnels du livre sont deux forces qui sauront infléchir l’insouciance des pouvoirs publics dans nos pays africains.” Une technique qui justifie la mise en place d’un stand pour la Tunisie à Livre Paris ces dernières années, explique-t-il. Parlons de mutualisation des forces et de solidarité notons que les stands pays visités sur le Salon concentrent en un seul espace tous les acteurs pertinents de la chaîne du livre. Pour le responsable du stand Algérie c’est le degré de professionnalisation d’un éditeur qui a validé sa sélection à l’export. Les questions d’image étant en jeu, dit-il.

Pour parler du soutien d’un Etat aux professionnels du livre, l’accompagnement dont a bénéficié la délégation sénégalaise a ce rendez-vous de l’édition francophone. Une source bien introduite nous informe du soutien logistique de la Direction du Livre et de la Lecture du ministère de la Culture apporté dans la prise en charge des billets d’avion de différents éditeurs sénégalais accrédités sur le salon.

Quelques bons réflexes d’organisation par ces collectifs cette année, mais la véritable question est de savoir pourquoi les professionnels africains réunis les deux précédentes années sous le stand Lettres d’Afrique n’ont pas perduré pour cette édition ? Une question reprise par le directeur du Bief dans un échange accordé à notre correspondant.

C’est une situation que regrette avec beaucoup d’impuissance, Nicolas Roche, qui avoue la bonne volonté du Bief, mais son incapacité à supporter toutes les charges de l’édition africaine sur l’ensemble des grands marchés du livre à l’international.

Le Bief supporte déjà la présence de l’Afrique au Salon du livre de Genève et ne saurait se substituer à la volonté des Etats africains”. Il suggère entre autres la mise en place de politiques publiques du livre volontaristes dans les pays africains. Des politiques qui devraient accompagner la filière en encourageant ses acteurs les plus sérieux. C’est le même constat que pose Aminata Diop, a l’initiative et la direction du projet Lettres d’Afrique depuis 2017. Son discours précise bien le manque de coordination au niveau des États qui explique l’absence de ce pavillon Afrique cette année. Pour cette édition, détaille-t-elle, seule la Côte d’ivoire a honoré sa contribution dans les délais. Pour le reste la mobilisation a été hors délais, ce d’autant que des impayés des années précédentes pesaient sur la confiance de l’organisateur du salon.

[Côté auteur(e)s]

Loin d’attirer les bains de foule occasionnés par les plumes les plus illustres de l’édition française, la dernière sélection des auteurs en lice pour le Prix Orange du Livre en Afrique a été présentée au public de Livre Paris cette année. Une occasion qui aurait eu un écho plus important avec le stand Lettres d’Afrique.

La bonne nouvelle est venue du laurier obtenue par Amadou Amal, saluée par le jury de la deuxième édition du Prix de la presse panafricaine. L’auteure de « Munyal, les larmes de la patience » reçoit une énième récompense dans le monde africain des lettres.

L’auteure camerounaise Djaili Amadou Amal, finaliste du Prix Orange du Livre en Afrique au Livre Paris 2019/ (c) Wilfried Essola (ONL)

[En perspectives]

Une attitude plus volontariste donnerait du sens au service culturel des ambassades africaines dans l’Hexagone. Des stratégies de rassemblement aux facilités d’obtention de visas, une implication des services culturels des différentes représentations diplomatiques africaines en occident, en aval d’une réelle politique culturelle locale, donnerait plus de visibilité à l’action culturelle et aux plus significatifs marchés d’échanges culturels organisés sur le vieux continent et en dehors. Car il est important d’y avoir une présence africaine pour montrer l’existence d’une production locale, fondamentale pour la diversité des expressions culturelles.

“La cause du livre doit être défendue à l’échelle des États et de mouvements associatifs conséquents”, affirme le seul éditeur camerounais rencontré sur le salon. Ligne Éditions qui publie depuis 2016 des textes pour enfants, pense qu’un meilleur dialogue entre professionnels et acteurs publics serait important pour éviter de telle calamité à l’avenir. Une action globale de sensibilisation avec des effets concrets à l’échelle des pays. Pour mieux penser l’image qu’on souhaite pour nous à l’échelle internationale. Une image plutôt sinistre en l’état.

Vu ainsi, l’Observatoire nationale du livre pense qu’il est temps de questionner le rôle des services culturels des différentes ambassades africaines présentent en occident, si tant est vrai qu’ils existent pour des intérêts de promotion de la culture de leur pays sur le territoire de leur représentation. Ceci interpelle les différentes politiques culturelles du continent incarnées par la présence de ministère de la Culture ou équivalents dans toutes les architectures de gouvernement sur le continent. Ces ministères doivent jouer leur rôle aussi bien que les mouvements associatifs sensibles aux questions de l’industrie du livre. Autrement, il nous sera difficile de résoudre la question d’un développement d’une industrie sérieuse et ambitieuse et éclairée du livre en Afrique.

Wildried Essola, correspondant de l’Observatoire

   National du Livre au Livre Paris 2019

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La rédaction

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