Vous l’avez certainement découvert à l’écran à travers son personnage «Anas» dans la troupe des « Déballeurs » d’Ebenezer Kepombia et plus tard dans des productions telles que «Le blanc d’Eyenga» et bien d’autres. Au fil du temps, elle a su s’imposer et se faire une place parmi les vedettes de la télévision au Cameroun et en 2017 elle surprend tout le monde en réalisant son premier film long métrage intitulé «La Triade». Elle c’est Tamar Tientcheu, actrice, comédienne et désormais réalisatrice. Nous l’avons rencontré lors de son dernier séjour au Cameroun et c’est avec plaisir qu’elle a accepté répondre à nos questions.

En quelques mots pouvez-vous nous décrire vos débuts dans l’art ?

L’aventure démarre en 2000 par les arts dramatiques à Douala, à la «Maison des jeunes et des cultures». J’y suis allée pour faire une formation dans le jeu d’acteur en tant que comédienne. Après deux ans de formation j’ai intégré les troupes de professionnelles de la ville de Douala. Plusieurs troupes : la compagnie « Maluki », «Ololombé», le «Koz’Art», et bien d’autres compagnies de théâtre. J’ai eu à faire des spectacles de théâtre en tant que comédienne dans ces nombreuses troupes et j’ai dû me déplacer à plusieurs reprises pour aller représenter le Cameroun dans les festivals de théâtre en Afrique à l’époque.

Ayant commencé au théâtre comment est-ce que vous vous retrouvez dans le cinéma?

L’amour du cinéma était déjà là. Depuis ma tendre enfance je savais déjà ce que je voulais faire et avec l’arrivée des télévisions à Douala j’ai été sollicitée pour pouvoir interpréter un personnage dans une série et c’est cette série qui m’a révélé au grand public parce que malheureusement les camerounais ne connaissent pas le théâtre, très peu de personnes connaissent ce que c’est que l’art dramatique, donc avec la télévision les gens ont tendance à confondre les deux. Le cinéma et le théâtre il y a une très très grande différence. Moi je viens un peu des deux univers… Je commence à jouer à la télévision le personnage très connu «Anas» dans les séries télévisées et c’est comme ça que les choses s’enchaînent avec d’autres séries à la CRTV, notamment « Retrouvailles bar de chez nous » de Vincent Ndoumbe, « Le procès », des téléfilms avec des collègues… A même temps je continuais toujours à faire du théâtre. En évoluant dans les deux univers je décide de monter une association qu’on appelle «Oxanna Label» qui est là pour valoriser la gente féminine, valoriser les femmes artistes en général.

Les camerounais ne connaissent pas le théâtre, très peu connaissent ce que c’est que l’art dramatique

L’année dernière, on vous a découvert dans le rôle de réalisatrice à travers le film « La Triade. Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter de devant à derrière la caméra?

Comme dans tout secteur professionnel il ne faut jamais se priver de rêver, on veut toujours évoluer. C’est-à-dire je pars de la petite fille qui a été formée au théâtre, à comédienne au théâtre, après actrice au cinéma, j’évolue et les années passant j’ai cette envie de grandir et de porter moi-même mes propres projets. A un moment donné les jeunes s’identifient un peu à nous ; on a des jeunes qui viennent vers nous «Tamar j’aimerais faire comme toi» et tu te dis « tiens il faut encadrer ces jeunes, porter des projets pour leur permettre de pouvoir s’épanouir comme on nous a permis hier de nous épanouir». C’est ainsi que naît cette envie de réaliser, beaucoup plus d’encadrer et de réaliser. «La Triade» c’est un scénario que j’avais déjà en main depuis plus de 10 ans en arrière. C’est un scénario qui a été écrit par mon grand frère et qui me l’avait remis un soir et m’a dit «Tiens quand tu seras prête, amuse-toi», et donc j’ai attendu plus de 10 ans avant de me lancer dans la réalisation de ce film. J’ai lu, j’ai relu, je me suis formée pour pouvoir être capable de porter le projet.

Parlant de « La triade », quelle est l’intrigue de ce film?

«La Triade» c’est l’histoire de trois adolescentes (Mispa, Fangham, Djake) amies d’enfance qui vont se voir séparer par les mariages précoces tout simplement parce que les parents n’avaient pas les mêmes rêves pour les trois petites. Elles vont se retrouver quinze ans plus tard avec des parcours différents ; il y a une qui devient une grande femme d’affaires et c’est elle qui décide de retrouver ses amies… Je ne vais pas raconter tout le film, le reste de l’histoire attendez le film. Et dans ce film je mets en exergue la fidélité, la loyauté et l’importance de l’amitié ; c’est très important d’aimer les gens et de pouvoir se soucier d’eux et toujours avoir le regard sur les personnes qu’on aime.

Comment avez-vous vécu cette première expérience de réalisatrice?

J’ai pris deux ans de préparation; je veux dire les castings, les repérages, je cherchais les fonds parce que la grosse bataille c’est de chercher les fonds, mettre de côté pour pouvoir produire. C’est de l’autoproduction, ça il faudra le signaler et après la préparation, on a fait un an de tournage, un an de post-production en France, parce que j’ai tourné le film entièrement au Cameroun mais il a été post-produit en France. C’était assez rude et avec la grâce de l’éternel le film a pu voir le jour au Festival Panafricain de Film à Cannes 2017.

Comment s’est passé le choix des acteurs du film ?

Alors pour le projet je n’ai pas fait de casting. Pourquoi ? Parce qu’après plusieurs années dans le milieu, j’ai côtoyé beaucoup de comédiens et acteurs. Je connais à peu près ce que je peux attendre d’un confrère ou d’une consœur et par rapport à mon scénario je savais comment je pouvais les positionner. Il y a de grandes têtes dans ce film; Wakeu Fogaing c’est une grande tête du théâtre camerounais, Massan A Biroko, c’est un grand nom, c’est ma mère, Deneuve Djobong, c’est des grandes sœurs que j’ai trouvé dans le milieu, André Bang c’est quelqu’un qui m’a formé, qui a accepté de venir jouer dans mon film. Je n’ai pas eu à faire des castings; les prochains projets sans doute ce sera différent, on fera des castings.

Dans le cadre des différentes projections de « La Triade » vous avez initié le concept « La nuit du cinéma ». De quoi est-il question ?

Après l’appréciation du jury au Festival Panafricain de Film à Cannes, j’ai décidé vraiment d’intéresser la communauté camerounaise à son cinéma en Europe, notamment d’organiser des projections. C’est dire aux camerounais que «OK vous êtes là c’est la musique qui est toujours en avant, jamais une autre forme d’art alors qu’il y a les arts plastiques, la danse, il y a tellement de talents». Le cinéma n’a jamais été promu comme la musique. Je n’ai rien contre les musiciens, j’aime bien leur façon de vendre leur art et je t’interpelle d’ailleurs tous mes confrères cinéastes et les autres artistes à pouvoir s’épanouir dans ce sens-là. J’ai créé justement «La nuit du cinéma» en Europe où je fais des galas comme ils aiment parce que les camerounais aiment ça ; donc j’ai adapté mon concept à ce qui était déjà sur le terrain. Ma cible première ce sont les africains, les camerounais en particulier ; c’est vraiment d’organiser des galas comme ils aiment et projeter le film.

“La Triade” en projection au Luxembourg le 29 Septembre 2018

C’est un très grand concept que je suis en train de mettre sur pied. Ce ne sera pas qu’Europe, ce sera aussi dans d’autres pays où je vais passer avec des projets. Pour rappel il n’y a pas que mes projets qui peuvent être sollicités pour cette nuit-là ; c’est aussi l’occasion de dire aux jeunes qui  ont des projets de cinéma de me contacter et qu’on voie ensemble comment est-ce qu’on peut organiser une nuit de projection pour eux.

Jusqu’ici tout ça s’est très bien passé. A Paris on a projeté, c’était un grand coup de maître, le public a bien accueilli le film ; en Belgique aussi ; au Canada et actuellement on prépare le Luxembourg. Vraiment tout se passe pour le mieux jusqu’ici.

Vous avez dit plus haut qu’on attende le film pour avoir l’histoire complète. Quand est-ce que le public camerounais d’ici aura la possibilité de regarder « La Triade » ?

La tournée au Cameroun elle est programmée mais je ne saurai donner la date maintenant. Je préfère laisser les gens dans le suspense et l’attente et le moment venu tout le monde sera servi. Que les gens prennent un peu leur mal en patience. L’apothéose va se faire en Afrique, notamment au Cameroun.

Après quelques années d’absence vous êtes à nouveau au Cameroun. D’après vous qu’est ce qui a changé côté cinéma ?

Il y a une très belle mouvance, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années en arrière. Je pense qu’il y a eu un déchaînement, les jeunes sont plus motivés et essayent vraiment de travailler beaucoup plus pour faire briller cet art. Après je n’en dirai pas plus parce que moi étant ici je n’ai pas voulu vraiment sortir, côtoyer, je suis venue en repos. Quand je reviendrai la prochaine fois je vais prendre plus de temps et je vais creuser et savoir ce qui est fait mais ce que je peux avoir comme écho à distance je trouve que les jeunes travaillent bien.

En attendant que vos nouveaux projets voient le jour, quel est votre mot de fin?

Croyons en Dieu ; que le Cameroun reste uni, en paix, préservons l’héritage que nous ont laissé nos ancêtres. Je demande également à la jeunesse de rester active, de ne pas perdre espoir, de rêver, de se donner les moyens pour pouvoir réaliser nos rêves.

 

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