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Tatiana Matip : « Ce n’est pas un homme qui vous apporte le paradis, sinon il y serait lui-même »

Beaucoup l’ont découvert à travers la célèbre production de Cyrille Masso intitulée « Confidences » en 2006. Aussitôt révélée au grand public celle qui deviendra une tête de proue du 7e art camerounais va complètement disparaître des écrans pendant une bonne dizaine d’années. Aujourd’hui elle est de retour et enchaîne les plateaux de tournage comme l’actrice qu’elle a toujours été. Que faisait-elle pendant tout ce temps ? Comment est-ce qu’elle gère son retour devant les caméras ? Tatiana Matip, puisqu’il s’agit d’elle, nous en dit plus là-dessus dans cet entretien que nous avons eu avec elle.

Tatiana Matip dans “Angles”, 2018/ Inception Arts and Com (c)

Pratiquement 10 ans qu’on ne vous a pas vu devant la caméra. Où étiez-vous passée ?

Pendant 10 ans et plus j’étais dans mon coin. Je contemplais l’avancée du cinéma camerounais en interprétant des rôles pour les étudiants du CFPA à l’époque.

Quel constat faites vous donc à la suite de cette observation du 7e art camerounais?

Le cinéma camerounais a évolué. Les tournages se font chaque deux semaines alors qu’avant c’était un tournage après 10 ans, mais c’était avant…

Lorsque vous refaites surface on vous voit dans des courts métrages tels que « Glass House » de Noella Ngunyam et « Angles » de Frank Thierry Lea Malle. Cela ne vous a pas gêné de vous relancer avec des films courts ?

C’était le moment de sortir et les courts métrages ont été ma spécialité pendant ces 10 ans, alors, ce n’était que routine pour moi. En plus, je trouvais les scénarios beaux à être exploités.

Après votre prestation dans « Angles » on vous découvre à l’affiche du dernier film de Thierry Ntamack « Ne crains rien, je t’aime » dans lequel vous interprétez le rôle d’une femme battue. Qu’est-ce qui vous a motivé à accepter ce rôle ?

J’avais une dette envers Thierry. J’avais refusé un premier rôle déjà qu’il m’avait proposé dans le Blanc d’Eyenga. En tant qu’amie de toujours de Thierry Roland, je lui devais bien un “oui”.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pour vous d’incarner ce personnage?

Le plus difficile a été de boire le vin pour la scène de la salle de bain qui n’est même pas apparue. J’ai bu en fait tout le contenu d’une bouteille de vin rouge. Par contre pleurer a été le plus facile.

Pensez-vous qu’à travers le personnage de Sarah vous avez réussi à venir en aide aux femmes victimes de violence ?

J’avoue vraiment que je l’espère de toute mon âme, j’espère vraiment avoir été à la hauteur.

Pour vous les femmes violentées devraient-elles se remettre uniquement à la prière pour surmonter cela ? Ne devraient-elles pas aller plus loin en action ?

C’est la première étape : la prière ! Ensuite, les moyens arrivent tout seuls mais s’il est trop violent, il faut s’enfuir de la maison avec vos enfants sinon, il vous tuera n’ayez pas peur de recommencer. Dieu ne laisse tomber personne qui le prie et si vous restez là, vos enfants en seront traumatisés toute leur vie et deviendront à leur tour des bourreaux parce que c’est la seule éducation qu’ils auront apprise, ils n’en ont pas d’autres.

Racontez-nous une anecdote vécue lors du tournage de ce film.

Il y’avait dans la maison qui nous accueillait, un petit chien Stan, qui était tombé amoureux de Sony, le 1er ingénieur son et à chaque fois qu’il entrait dans la maison, Stan lui faisait la cour comme à une vraie femelle (rires).

Tatiana Matip et le chateur gospel Guy Michel Kingue dans “Ne crains rien je t’aime”, 2019

Restons dans le cadre des violences faites aux femmes. Il y a de plus en plus des femmes qui sont confrontées à certains types de violences dans le milieu du cinéma. Comment est-ce qu’elles pourraient gérer ce genre de situation ?

La seule violence à laquelle j’ai été confrontée est d’aller au lit avec un réalisateur  mais il faut savoir dire NON parce que ce n’est pas un homme qui vous apporte le paradis quel qu’il soit sinon, il y serait lui-même. Si vous êtes compétente, vous aurez le rôle, peu importe le temps que cela prend, on reconnaîtra vos compétences… Tenez seulement bon!

Quand vous n’êtes pas sur un plateau de tournage vous partagez vos connaissances avec les plus jeunes à travers le concept «Tatian’Art Ciné». Qu’en est-il exactement ?

Tatian’Art Ciné est inspiré de Ruben Binam et c’est une façon d’aider les jeunes à mieux maîtriser l’art du cinéma, surtout le métier d’acteur.

Quel bilan pouvez-vous faire depuis le lancement jusqu’à nos jours ?

Cela fait 3 ans déjà que je tiens cette magnifique petite équipe et nous avons à notre compteur 30 courts métrages réalisés dont une série et d’autres courts métrages qui servent en fait d’atelier pratique de formation après les ateliers théoriques.

Y-a-t-il des projets sur lesquels vous travaillez en ce moment ?

Oui. En ce moment l’équipe prépare son premier court métrage, une réalisation purement Tatian’Art Ciné. Et par ailleurs, Tatiana Matip a des projets en cours de préparation et elle espère qu’ils sortiront très bientôt.

Pour ressortir de cet entretien, selon vous quelle pourrait être la contribution des femmes pour booster le cinéma camerounais ?

Il faut qu’elles s’entendent toutes bien, chacune dans un métier propre qui la définisse  et ensemble qu’elles créent une entreprise de cinéma. Chacune pourra y défendre ses pourcentages en travaillant et en produisant ensemble…

Propos recueillis par Colbie MEDJOM

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Colbie Medjom

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