Après le prix honorifique reçu lors des Trophées Francophones du Cinéma en Décembre dernier, le réalisateur, acteur et producteur camerounais, Thierry Ntamack revient sur le devant de la scène cinématographique avec un nouveau film intitulé « Le serpent de bronze ». Ce long métrage tourné dans la partie septentrionale du Cameroun relate l’histoire d’un jeune médecin qui a consacré toute son énergie et autres ressources au service de ses patients au point d’y laisser sa vie. Pour en savoir plus sur ce film qui sortira en salle les 16, 18 et 19 Août 2018, nous avons eu un échange avec son réalisateur qui nous a confié ce que vous vous apprêtez à lire.  

De quoi est-il question dans votre film « Le serpent de bronze » et qu’est-ce qui vous a motivé à travailler sur cette production ?

« Le serpent de bronze » est un film qui pose le problème de la santé, notamment au Cameroun et en Afrique Sub-saharienne avec des réalités totalement particulières. Je suis parti du fait que des millions de camerounais vivent avec la crainte noire d’affronter la misère de certains hôpitaux à cause des problèmes de corruption, de négligence médicale et tout ce qui va avec. De l’autre côté je me rendais compte qu’on oubliait effectivement qu’il y a beaucoup de médecins ou d’auxiliaires de santé qui font bien leur travail, qui se sacrifient mais dont on ne parle pas et je les appellerai ici « les héros de l’ombre ». Du coup j’ai fait le choix de parler donc de sacrifices méconnus, j’ai fait le choix des médecins en campagne. Le cas du feu Dr Fayçal qui est un modèle d’engagement, de bravoure, de détermination et qui es mort de morsure de serpent dans les montagnes du Nord Cameroun.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors du tournage du film ?

Les difficultés liées au tournage, il y a en a tellement : rejet de financement, l’aide à la production locale, manque d’accompagnement véritable. Au niveau des sponsors, au niveau des mécènes ce n’était pas évident surtout pour une production panafricaine. Et puis il y avait le climat qui était rude pour les comédiens et il fallait retourner dans deux pays : au Cameroun et aux Etats-Unis donc il y a pas mal de difficultés mais on essaye de faire avec.

Et quand n’est-il des moyens financiers déployés pour la réalisation de ce film?

Au jour d’aujourd’hui je ne peux pas encore savoir combien coûte le film mais généralement je n’aime pas donner le coût de production de mes films parce que je m’endette énormément pour faire ces films-là. Je vis beaucoup de mécénats ; les films que je tourne coûtent chers mais souvent on a tendance à les comparer aux films qu’on voit dans nos télés ici au Cameroun tous les jours… Ça coûte très cher, je peux vous laisser imaginer et je demeure très très endetté et par respect pour les micro-finances ou bien pour les personnes à qui je dois de l’argent je préfère clairement donner le coût de production de mon film.

En plus des acteurs locaux vous avez également fait recours aux comédiens Gohou Michel de la Côte d’Ivoire et les burkinabés Siriki et Souké. Pourquoi?

Je reconnais qu’en écrivant le scénario j’avais pensé effectivement à Gohou, Souké et Siriki. Il y a une volonté de pan-africaniser l’histoire et que ce film-là puisse connaître du succès pas qu’au Cameroun mais aussi dans d’autres pays. Il y a une volonté de s’adresser à toute l’Afrique sur des questions de société particulièrement de santé ; ça me tenait à cœur je voulais en parler. Voilà.

Nous avons également découvert la jeune Esther qui fait ses débuts devant la caméra. Y a-t-il une raison particulière pour expliquer sa présence dans le film ?

Pour Esther Grâce il était question de lui donner une opportunité pas qu’à elle mais à toutes les personnes qui ont un handicap dans la vie et de ne pas juste se laisser mourir, de rêver, d’espérer donc je sentais bien que cette fille elle avait quelque chose et je me suis dit le cinéma et le côté cinéma ne sont pas indissociables. J’espère que toutes les personnes qui ont un handicap dans la vie pourront se voir à travers cette jeune-là fille et se dire l’éternel a donné un talent à tout un chacun et c’est à chacun de le valoriser. Peut-être ce sera le cas pour Esther Grâce au cinéma.

Maintenant que le film est sur le point de sortir quelles sont d’après vous les raisons pour lesquelles le public devrait se rendre en salle lors des avant-premières ?

C’est un film qui rend hommage au Dr Fayçal, un jeune comme qui a vécu, qui a donné sa vie pour ses malades, je pense que notre jeunesse a besoin de modèles. De 2 je pense les décors, les décors pour l’Extrême-Nord c’est fantastique. De 3, la qualité d’image effectivement. 4, le jeu d’acteur. 5, la pan-africanisation des comédiens à savoir Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Togo, Nigeria, Centrafrique et Cameroun, c’est pas rien quand même. 6, C’est un hommage à Baba Simon qui a été et qui est une figure importante dans le grand nord. Voilà quelques éléments qui peuvent donner envie à quelqu’un de venir voir le film.

Nous constatons que vous avez choisi les deux capitales du Cameroun pour les avant-premières de votre film. Qu’en est-il de la région du Nord où « Le serpent de bronze » a été tourné ?

Oui dans un premier temps Yaoundé et Douala mais je peux vous assurer qu’il y a des projections qui auront lieu dans le grand nord du Cameroun très très bientôt. Je pense que ce sera juste après les élections présidentielles.

Pour terminer, une fois le film sorti officiellement, quels sont vos projets pour l’avenir ?

J’ai fait des films, je ne sais pas encore si je vais faire le 1, 2, le 3. Quand j’ai fait le 2 du « Blanc d’Eyenga » c’est parce que j’avais ressenti le besoin et après je voulais passer à autre chose. Il y a beaucoup de sujets qui m’intéressent, les sujets qui donnent envie d’influencer la société, notamment notre jeunesse. Actuellement nous sommes dans une logique d’aborder les sujets qui parlent à notre continent les sujets de tous les jours mais surtout de proposer des modèles à notre jeunesse, à notre continent, on en a tellement besoin donc maintenant je ne peux pas encore savoir à quoi va ressembler le prochain film mais bon je confie ça au Seigneur.

Merci de nous avoir accordé cet échange. Un mot pour la fin ?

Je n’ai aucun conseil à donner à qui que ce soit, le cinéma c’est un métier qu’on apprend tous les jours. Maintenant je regrette que il y ai beaucoup d’arrogance dans notre secteur d’activité au Cameroun, je regrette qu’il y ai pas beaucoup d’aide à la production, je regrette que c’est pas toujours les meilleurs que ce soit comédien comme technicien qu’on valorise, je regrette que le tribalisme ou le copinage ou le favoritisme ont pris le dessus sur les valeurs réelles. Je pense qu’il y a beaucoup de talents au Cameroun, je pense particulièrement à une dame qu’on appelle Joséphine Ndagnou qui nous a fait rêver, et on en veut d’autres, en tout cas nous on essaye de se battre pour. Mais je pense que la jeune génération a beaucoup à apprendre des ainés, nous bavardons beaucoup, nous critiquons beaucoup mais nous ne proposons pas mieux.

Propos recueillis par la Rédaction

[Movie premiere]Rendez-vous les 16 et 18 Août à Douala et 19 Août prochains à Yaoundé pour l'avant-premiere du nouveau film de thierry ntamack intitulé "Le serpent de bronze".Dans le casting du film vous pourrez retrouver les comédiens Gohou Michel de la Côte d'Ivoire et le duo Siriki et Souke du Burkina Faso.

Posted by Kulture Master on Tuesday, July 31, 2018

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